Qui sont les masculinistes?

On peut classer les groupes masculinistes en trois catégories : les groupes de défense des droits des hommes, les groupes de thérapie de la masculinité et les groupes conservateurs qui représentent l’extrême droite religieuse. Au-delà de leurs différences, c’est bien leur anti-féminisme ouvert qui assure la cohésion de leur discours, ainsi que leur position contre l’avortement. Voici brièvement ce que chacun d’eux ont à dire sur cette question.

Les groupes de défense des droits des hommes

Ces groupes luttent d’abord pour le droit des pères concernant la garde des enfants et les lois sur le divorce, mais encore, ils militent activement contre les politiques d’accès à l’égalité ou contre les réformes sur le harcèlement sexuel. Ils soutiennent que toutes ces lois sont discriminatoires envers les hommes. Et bien entendu, la discrimination dont ils souffrent serait le fruit du complot féministe, de connivence avec l’État, les juges et les tribunaux pour les priver injustement de leurs droits. Leur discours tourne donc surtout autour de la définition abusive que les féministes auraient donnée de la violence, du sexisme de l’appareil judiciaire et du partage inéquitable des ressources entre victimes et agresseurs dans les cas de violence conjugale. Selon eux, le féminisme aurait non seulement atteint l’égalité entre les sexes, mais aurait même renversé la situation au profit des femmes. Ainsi, tous les problèmes auxquels font face les femmes sont rendus équivalents à ceux des hommes. Par exemple, le fait que les femmes soient majoritairement les victimes de violence conjugale est contré par le fait que les hommes se suicident plus que ces dernières. À cet effet, ils soutiennent que les hommes souffriraient plus qu’avant car le mouvement féministe aurait engendré le mépris des valeurs masculines. Conséquemment, ils font de la revalorisation des comportements masculins un de leurs refrains, ce qui leur permet de déculpabiliser les hommes de leurs comportements agressifs, puisque selon eux, cela relèverait de la nature masculine à laquelle on ne peut rien changer. Ils s’emploient de cette façon à défendre les rôles sociaux traditionnels en les justifiant par des arguments d’ordre biologique.

Ici au Québec, ce courant est incarné par des groupes comme Entraide pères-enfants séparés, Fathers 4 Justice et parmi les groupes les plus connus, l’Après-rupture et le Groupe d`Entraide Aux Pères et de Soutien à l’Enfant (GEPSE).

L’Après-rupture :
http://www.lapresrupture.qc.ca

Fondé en 1998, l’Après-rupture est un organisme sans but lucratif chapeauté par le non moins notoire Gérard P. Lévesque. Ce groupe dénonce fermement «les excès des féministes radicales et ses conséquences négatives dans la société». Il n’hésite pas non plus à décrire le féminisme comme un «apartheid raciste anti-mâle»...

L’Après-rupture traite principalement des échecs scolaires et du comportement social des garçons, du manque d’activités physiques des garçons, de l’absence de modèle masculin et de la valorisation excessive des filles. Rien de moins que la défense de la culture traditionnelle masculine.

Sur la question de l’avortement, laissons M. Lévesque nous éclaircir sur leur position : «Le droit accordé aux femmes de renoncer à leur maternité […] n’est pas accordé aux hommes. Ainsi, à partir de la conception, jamais le père de l’enfant à naître n’aura le droit de renoncer à sa paternité.»

Ce n’est donc pas tant à l’avortement en tant que tel qu’ils en veulent, mais bien au libre choix des femmes. Ce qui les dérange, c’est plutôt le fait inacceptable, à leurs dires, que le père ne puisse imposer une maternité forcée ou une interruption de grossesse forcée. Car si la femme décide par elle-même de garder l’enfant, ce ne serait que pour réclamer de l’argent à l’homme et si elle décide d’avorter, ce ne serait que pour le faire chier...

Ainsi, leur position se distingue de la droite religieuse... quoi que M. Lévesque nous dit bien qu’ «À chaque année, le sacro-saint sacrement féministe de l’avortement assassine près d’un million de fœtus en Amérique du Nord. Cependant si la femme désire se faire vivre par un esclave mâle, elle impose cette vie humaine «sacrée» au vil éjaculateur. Il n’y a pas à s’étonner que la «culture de la mort» féministe soit un danger mortel pour la survie du peuple des Français d’Amérique: mes grands-parents ont eu en 1930, 13 enfants; la Québécoise «progressiste», lorsqu’elle cesse de tuer ses fœtus, accouche de 0.5 enfant. Le féminisme suicide le Québec! »

Ce qu’ils disent, au bout du compte, c’est que l’avortement serait un «meurtre» seulement lorsque c’est la femme qui décide de se faire avorter! Enfin, cette citation démontre clairement que les idées d’extrême droite ont la touche chez les masculinistes... même chez ceux n’appartenant pas au courant de l’extrême droite religieuse. Alors, imaginez!

Dans un autre registre, la question de l’avortement soulève aussi celle de l’immigration. En effet, il s’agit bien «de la survie du peuple des Français d’Amérique» lorsque les masculinistes mettent le débat sur la table. Ainsi, les masculinistes affichent une peur des autres cultures et tiennent mordicus à la tradition blanche catholique si chère à l’extrême droite. Enfin, tant les groupes de défense des droits de l’homme que les conservateurs partagent cette même xénophobie.

Les groupes de thérapie de la masculinité

Ces groupes se concentrent principalement sur la question de la «souffrance» des hommes. Ils organisent des ateliers, des retraites ou des discussions pour les hommes quant à leur rapport à la masculinité. Ici, au Québec, les groupes de thérapie de la masculinité les plus connus sont «Content d’être un gars» et «Entre-gars».

Content d’être un gars :
http://www.garscontent.com/

Chapeauté par le masculiniste Yves Pageau, laissons ce dernier nous expliquer d’où vient le nom de son organisme : «À la première personne du singulier, on est toujours un gars. C’est aux yeux d’autrui qu’on est un homme. L’homme est le personnage social et le gars est la personne intime. Contrairement à ce que la misandrie ambiante tente de laisser croire, il n’est pas interdit d’être content d’être ce qu’on est et je rejette la prétendue supériorité morale des femmes.»

Sur leur site, on retrouve le blog de Gérard P. Lévesque, de l’Après-rupture, qui met bien en garde les hommes que «les féministes radicales risquent de gagner la révolution culturelle». Suite à ses inquiétudes sur le contrôle de l’ONU par les féministes, Lévesque annonce que «nous avons passé le point de non retour et que trop d’enfants non-nés ont été massacrés par des avorteuses». Quant à Yves Pageau, il n’hésite pas à parler de l’infanticide que représente l’avortement après quatre mois de grossesse.

Enfin, les groupes des droits des hommes et les groupes de thérapie de la masculinité partagent la même position concernant l’avortement. Ce n’est pas tant ce dernier qui est en jeu, mais plutôt le libre choix des femmes.

Les groupes conservateurs

Ces groupes défendent une vision de la famille traditionnelle et aimeraient bien retourner aux temps où l’Église dominait la vie sociale et politique. Ils justifient les rôles sociaux traditionnels par la bible (catholique ou protestante) et revendique pour l’homme son statut naturel d’autorité et de protection. Bien entendu, ils s’opposent à l’homosexualité.

Ici au Québec, les groupes les plus connus sont Québec-vie et le Parti de la Démocratie Chrétienne du Québec.

Québec-vie :
http://www.cqv.qc.ca/

Présidé par Luc Gagnon, Québec-vie est un organisme sans but lucratif. Il a comme mission de cultiver le respect de la vie face à la culture de la mort qui, selon eux, règne au Québec. Malgré les 65 000 sympathisants qu’il dit avoir, Québec-vie est une organisation très faible.

Bien sûr, cet organisme considère les féministes comme ses adversaires. En fait, à cause d’elles, le Québec serait en train de s’auto-génocider en tuant ses enfants! Leur position est donc très claire : l’avortement est un meurtre. Leur opposition prend la forme de prières, de lobbying et de manifestations devant les cliniques d’avortement, entre autre.

Et la position des anarchistes?

Nous considérons que les femmes ont le droit de choisir. Tout au long de l’histoire, le fait d’avoir des enfants a réduit l’accès pour les femmes à l’éducation, au travail, aux loisirs, etc. Même encore aujourd’hui, ce sont les femmes qui assument la majorité du travail domestique, qui arrêtent leurs études ou même qui arrêtent leur travail faute de véritables mesures de conciliation famille-travail.

Même si la situation des femmes a grandement évolué au cours des dernières décennies, l’oppression spécifique des femmes n’est pas disparue. En effet, doit-on rappeler que toutes les 45 secondes, un viol est commis aux États-Unis? Que le viol conjugal n’est considéré comme un crime que par 17 États sur cette planète? Que les femmes mondialement sont celles qui souffrent le plus de pauvreté et d’analphabétisme? Que les écarts de salaires persistent toujours entre les hommes et les femmes? La liste est encore bien longue...

Ainsi, une femme meurt dans le monde à chaque 3 minutes suite à un avortement clandestin raté. Avoir le plein contrôle de son corps est une clé essentielle pour en finir avec l’oppression que vivent les femmes.

Les anarchistes supportent donc le droit à l’avortement. Ce droit repose, selon nous, sur le droit des femmes de contrôler leur propre fertilité. Ainsi, l’accès aux moyens de contraception et à l’avortement gratuit font partie de nos revendications. La qualité de vie des femmes ne peut être égalée à celle d’un foetus non-né.

Enfin, non seulement nous appuyons le libre choix des femmes, mais nous nous opposons aussi à tous ceux et celles qui désirent le leur enlever. Que les masculinistes se le tiennent donc pour dit!

E. Morraletat