La grève étudiante, racontée par des libertaires de ...

Québec

Les réformes mises de l’avant par le gouvernement Charest l'automne dernier ont permis, au cours des derniers mois, de remettre sur pied un mouvement étudiant endormi depuis plusieurs années. Résultat : le déclenchement de la grève générale illimitée. Ce mouvement de lutte représente une réalisation peu courante dans notre histoire. Même si les étudiantEs de Québec entrèrent tardivement dans la mouvance contestataire, le rôle que nous avons joué ne fut pas pour autant insignifiant.

Bien que le résultat que nous connaissons actuellement reste particulièrement insatisfaisant et que le spectre de la trahison était prévisible, cette période de grève demeure particulièrement instructive sous plusieurs aspects. Elle présente de nombreux points positifs qui peuvent s’inscrire dans une perspective anarchiste. En effet, en excluant l’attitude autoritaire des fédérations étudiantes, cette grève a permis à plusieurs d’entre nous (étudiantEs) d’avoir un premier contact avec certains principes libertaires. Premièrement, notons que la grande majorité des décisions furent prises en assemblée générale, incluant l’ensemble des moyens de pressions qui furent adoptés sur des bases de démocratie directe. Deuxièmement, la grève fut ponctuée d'une foule d'actions toutes plus significatives et imaginatives les unes des autres, comme par exemple les blocages et occupations de nombreux lieux reliés à la cause. Bref, le principe d’action directe mit de l’avant durant cette grève est tout à fait remarquable et s’inscrit en droite ligne avec la perspective anarchiste. Ces occupations furent à la fois une prise de position par l’action directe et une preuve d’organisation démocratique et révolutionnaire. Nous pouvons donc, malgré notre déception générale, admettre que cette grève étudiante fut formatrice pour les luttes à venir ainsi qu’un point de départ pour le rétablissement et la cohésion du mouvement étudiant futur. J’aimerais saluer la ténacité de nos camarades du Cégep du Vieux-Montréal qui ont réussi à démontrer que l’auto-organisation des lieux d’enseignements est possible.

Nous ne devons absolument pas laisser retomber la pression si l’on veut réussir à imposer d’autres choix à une société qui est la nôtre. Que la lutte continue jusqu’à la gratuité scolaire et l‘enrayement de l’endettement étudiant!

Saint-Georges-de-Beauce

La grève est maintenant terminée au Cégep Beauce-Appalache, depuis le 30 mars, et a été, somme toute, une immense déception. Loin de faire naître chez les étudiantEs un sentiment de dignité et de pouvoir collectif, elle a été marquée par un manque de démocratie et d'implication de la part des grévistes, accentué par le despotisme de certains membres de l'exécutif de l'association générale étudiante, qui a collaboré avec la direction, sans consulter les étudiants en grève. Sans qu'aucun vote ou consultation préalable n'ait eu lieu, nous avons appris qu'une entente avait été conclue et que les cours techniques de 3ème année, ainsi que quelques autres cours allaient être maintenus, ce qui, il va sans dire, a enlèvé beaucoup de poids à notre rapport de force. Les étudiant-Es n'ont en aucun cas contrôlé le déroulement de cette grève : ni les actions ni les revendications...

Toutefois, on peut sans se tromper y voir un côté positif. La Beauce est reconnue pour son caractère particulièrement anti-syndical, et cette grève était sans contredis, malgré ses immenses faiblesses, une avancée. Elle a permis de nombreuses discussions et aussi de sensibiliser plusieurs personnes. Des actions de solidarité presque inespérées ont surgi de la de la polyvalente (sec 3, 4 et 5) et de la trinité (sec 1 et 2). En effet, les étudiantEs de la polyvalente ont conduit une grève de soutient d'une demi-journée, et ont manifesté en solidarité... Il est toutefois désolant de voir que lorsque ces étudiants se sont présentés au Cégep, les membres de l'exécutif ont préféré rester dans leur bureau que de participer à la marche... La Trinité n'est pas restée en reste : le lendemain, 372 étudiantEs ont conduit une grève sauvage, également d'une demi-journée, marchant aussi pour montrer leur solidarité. Seulement une vingtaine de ces étudiantEs en ont profité pour crisser le camp, alors que tous les autres sont restés ensemble pour, malheureusement, se faire dire par le président de l'AGE de retourner en classe...

Même marquée de plusieurs erreurs, cette grève n'en demeure pas moins un pas vers l'avant.

Sherbrooke

Comme beaucoup d’autres, les étudiant-e-s de la faculté des Lettres et sciences humaines à l’Université de Sherbrooke ont voulu faire de leur grève une expérience autogestionnaire en occupant les corridors, classes et salons de leur école… et ils ont réussi haut la main! Voici des extraits du guide d’information de l’université libre qui invitait les gens à participer à l’occupation de la faculté :

« Nous croyons que la meilleure façon de faire valoir le droit à l’éducation passe par la création d’une résistance étudiante créative et imaginative qui s’inspire d’un savoir qui va au-delà de la simple éducation formelle de nos cours magistraux. Si bien que nous avons décidé d’arrêter le fonctionnement régulier des cours de notre faculté, car nous sommes convaincus que le gouvernement ne nous a pas laissé d’autres chemins que celui de la lutte.

L’université libre constitue donc un espace de dialogue entre les divers individus qui participent à sa construction. Elle cherche à être un effort commun, une manifestation vive, colorée et plurielle des individus et de leur capacité à se mobiliser et à s’articuler.

Le processus d’organisation de l’université libre cherche une certaine horizontalité dans la manière de s’organiser en collectivité. Les participants sont des agents transformateurs de l’espace qu’ils utilisent; tous gèrent, décident et exécutent les décisions à un niveau égal à l’intérieur du processus.

L’organisation part du principe que tous les individus sont aptes à discuter des thèmes publics et de les convertir en des solutions pour les problèmes qui résultent de la vie en communauté.

Pour créer l’université libre, nous avons décidé d’organiser une programmation ouverte laissant la possibilité aux étudiants de partager et d’échanger leurs connaissances et leurs idées lors de table-rondes, de conférences, d’ateliers de création, de projections de films, de jeux… Ce qui permet une inter-disciplinarité digne d’une faculté des sciences humaines qui se respecte. »

La gestion de l’université libre touchait divers aspects comme l’action politique, la sécurité, les dortoirs, la cuisine, les déchets, les toilettes… Chaque matin à 10h00 se tenait un conseil de grève afin d’organiser les diverses activités de la journée, revenir sur le travail des comités (mobilisation, communication, diplomatie et facilitation), apporter et discuter de nouvelles idées, de nouveaux projets, transmettre les informations du jour concernant la grève… Cette forme d’organisation a permis d’organiser un nombre impressionnant d’actions de sensibilisation de la population et de perturbation du gouvernement. Elle a aussi amélioré la qualité de ces actions : vivre et dormir dans un même lieu permet de mettre plus efficacement nos efforts en commun; de faire du matériel de propagande, de confronter nos idées et de les améliorer, de s’entre-motiver...

Cette grève et l’expérience de l’université libre ont permis à plus d’un de mettre en pratique certaines idées sur l’organisation qu’il est rarement possible d’appliquer concrètement. Chaque geste de résistance nous en apprend un peu plus sur les moyens à prendre afin d’atteindre notre idéal d’organisation sociale. À la prochaine grève, nous serons, un peu plus, prêts.

Salut aux 2 irréductibles sur les pickets et à tous ceux qui ont participé, soutenu et aidé à la grève...

Montréal

La grève étudiante a expiré son dernier souffle avec l'ap pel de la CASSÉE " à un repli stratégique ". Depuis longtemps, avec l'horreur d'une situation sociale en constante dégradation, la grogne couvait parnù une grande partie des étudiants. La réforme de l'aide financière, filt la goutte qui fit déborder le vase. La grève qui ne semblait être qu'une étincelle a vite embrasé le Québec. À l'UQAM nous n'avons pas fait exception. La mobilisation des étudiants des diverses facultés fut le fruit d'tille longue campagne et la pratique de la grève, par son lots de surprises et d'expériences, est venue enridùr notre héritage militant. Malgré son estompement actuel, notre grève et celle des autres étudiantEs fut aussi un moment révélateur pour la société en générale que se soit sur la signification même de la grève, le rôle des mouvements sociaux ou le questionnement de la logique du capitalisme.

Le souvenir des luttes étudiantes passées où la récupération du rapport de force étudiant par les fédérations, avait discrédité ces dernières et leur stratégie de concertation hantait encore les " uqarniens et uqamiennes ". Ainsi, dès les premières assemblées générales le désir de se dissocier des fédérations étudiantes devenait une position  cruciale. Les différentes facultés de l'université adoptaient des revendications dépassant le simple calcul financier par un élargissement du débat où la question de la gratuité scolaire complète était au cœur de la grève avec l'adoption de la plate-forme de la CASSÉE. Nos diverses assemblées générales prenaient position pour la combativité et une vision large où le débat sur l'éducation et la démocratie avait sa place. La FEUQ déjà à l'arrière du mouvement aurait
beaucoup de chemin à faire pour satisfaire les visées des étudiants et étudiantes.

Les grévistes voulaient perturber les institutions économiques, sociales et politiques qui contrôlent les leviers de la résolution du problème qui était soulevé. L'État devenant la cible directe et indirecte, il y eu multiplication des actions de disruptions fatiguant l'ordre ambiant. Dans un même temps, parallèlement, la stratégie de diffusion se faisait par affichage, communiqués, kiosques d'informations, tracts, etc. au travers de la ville. En dialoguant directement avec la population, nous assurions une réappropriation de notre discours déformés sur l'espace médiatique capitaliste.

L'organisation horizontale où le pouvoir était remis aux assemblées générales était un premier pas vers l'autogestion de la lutte étudiante. Pour parvenir à s'organiser efficacement divers comités pan-uqamiens furent créés (communication externe, communication interne, action politique, action culturelle, action artistique, bouffe, piquetage, garderie, éducation populaire, occupation de l'UQAM et femmes en grève ). La mise en commun de leurs diverses activités se faisait au travers d'un conseil de grève qui se tenait tous les jours vers 10h00. Bien vite des débats internes (où le non-respect de la diversité des tactiques en était le sujet) et l'intrusion agressive de l'escouade anti-émeute dans l'université