Les anarchistes et le maire

Le 28 novembre dernier, la Ville de Québec consultait la population sur l’avenir du quartier Saint-Roch. La vision de la Ville, toute en hauteur et en condos, a été critiquée par de nombreux groupes, dont le Collectif anarchiste
l’(A)telier, qui en a profité pour diffuser un tract, sans se douter des réactions qu’il susciterait... Lors de l’assemblée, des dizaines de personnes sont intervenues au micro, dont un anarchiste «célèbre» suite à une bousculade à l’hôtel de ville l’été dernier. Égal à lui-même, le maire Labeaume a balayé du revers de la main les critiques, insinué que les gens étaient manipulés et que c’était «la faute de l’anarchiste».

Comme la plupart des participant-e-s aux consultations, nous avons constaté qu’une majorité de l’assistance (plus de 300 personnes sur un quartier de plus de 7000 résident-e-s) était très critique envers une partie, mais non l’ensemble, des projets de l’administration Labeaume. Nous avons aussi observé que l’ensemble du processus était prédéterminé. Courte consultation, celle-ci s’est conclue après une seule séance menée à la course. Deux mois plus tard, la Ville de Québec a publié son projet final. Ce document ne répond absolument pas aux critiques des résident-e-s présentées lors de la consultation. Pire, il va dans le sens contraire de plusieurs revendications populaires en augmentant encore la hauteur réglementaire de certains bâtiments. Parmi les rares modifications positives proposées se trouvent la mise en place d’une table de concertation plus ou moins bidon, une modification du réseau cyclable et le retrait d’un stationnement.

Par ailleurs, le maire s’est encore permis d’insulter ses opposants. Il a visé dans la presse un militant du tout nouveau Comité citoyen de Saint-Roch en annonçant: «Je pense que c’est notre ami l’anarchiste qui mène ça [la contestation]. M. Gagnon, c’est l’anarchiste en avant de tout ça». Soulignons au passage que M. Gagnon n’est aucunement lié au collectif l’(A)telier, et que le fait de s’opposer aux projets de Labeaume ne relève pas spécifiquement de l’anarchisme. Par ailleurs, c’est à titre de résident-e-s critiques que nous sommes intervenus dans ce débat, dans le respect de l’autonomie et de la prise en main des groupes populaires des quartiers visés.

Dans le tract que nous avons distribué nous opposions à la vision du maire de Québec une «démocratie réellement populaire et combative, dans des comités de citoyennes et citoyens démocratiques, indépendants et sensibles à l’action directe». Nous sommes donc fort heureux de voir que le Comité citoyen de Saint-Roch a levé le ton contre les développements prévus dans le quartier.  Si, un jour, le maire de Québec se casse les dents sur un projet qui lui tient à cœur (et qui tient au portefeuille des bourgeois de Québec), ce ne  seront probablement pas une poignée d’anarchistes qui le feront reculer, mais plutôt des résident-es en colère contre le mépris du maire et les projets des promoteurs.


L’anarchisme et la démocratie

Entre l’anarchisme et la démocratie, il y a une histoire de mésamour. Tout d’abord, les anarchistes critiquent la démocratie représentative et ses principales caractéristiques : suffrage universel, représentation, parlementarisme, système partisan, corruption du pouvoir, etc. – bref, la liberté de choisir ses maîtres. Les anarchistes défendent une autre conception de la démocratie, la seule qu’ils et elles reconnaissent comme telle, la démocratie directe. Concrètement, la démocratie directe se traduit par des assemblées générales souveraines, des débats ouverts et transparents, un principe de délégation révocable, des mandats impératifs et une volonté d’autonomie. Par contre, nous devons souligner les éléments qui distinguent l’anarchisme et dépassent la démocratie directe. Ainsi, l’anarchisme n’est pas une pratique qui sépare la politique des autres sphères de la vie, dont l’économie. Au contraire, nous proposons   l’autogestion de l’ensemble de la société, un projet indissociable de l’anticapitalisme.
Le thème de la démocratie directe est d’ailleurs l’enjeu phare du collectif l’(A)telier pour l’année 2012-2013. Ainsi, à la suite du forum sur la démocratie directe organisé par le collectif de Montréal de l’UCL, l’(A)telier  vous convie  à son propre Forum sur la démocratie directe le 23 mars 2013.


PPU?

Le Programme particulier d’urbanisme en quelques mots.

Les programmes particuliers d’urbanisme (PPU) sont des projets d’aménagement territorial qui visent des secteurs ciblés par la Ville pour leurs intérêts commerciaux et institutionnels. Ils sont précédés par des consultations, et leur approbation par le Conseil de Ville a valeur de décret. En d’autres termes, une fois un PPU adopté, il n’est plus possible de le contester par référendum, ce qui permet aux entrepreneur-e-s de donner libre cours à leurs projets.

Les PPU peuvent être critiqués sur la forme comme sur le fond. Pour la forme, les citoyen-ne-s critiquent le processus de consultation, dont les dés sont pipés d’avance. En effet, les firmes en tout genre ont visiblement un accès privilégié auprès de l’administration Labeaume, comme en font foi les modifications apportés aux derniers PPU, pratiquement toujours favorables aux projets immobiliers. Quant au contenu, dans le cas du PPU de Saint-Roch comme pour les autres PPU de la Ville de Québec (Sainte-Foy, Colline parlementaire et d’Estimauville), ce sont les fantasmes urbanistiques de la Ville qui sont remis en cause. Ces rêves de grandeurs sont ceux d’une grande ville marchande, avec des tours toujours plus hautes, une population blanche aisée et une circulation toujours plus rapide. Concrètement, pour Saint-Roch, ces ambitions se traduisent par la destruction de la place Jacques-Cartier pour faire place à une tour, la circulation sur la rue Saint-Joseph dans les deux sens et la construction d’un (éco)quartier de condos «verts» à la Pointe-aux-lièvres. Ces projets s’orientent clairement en faveur des intérêts des possédants et de certains commerces, mais non en faveur des résidents et résidentes des classes populaires. Il est temps de défendre la ville contre cette prédation qui détruit les quartiers centraux!


Le texte du tract distribué par le collectif l’(A)telier lors de la consultation publique dans Saint-Roch est disponible sur le site de l’UCL et sur le tout nouveau site du groupe au www.collectifatelier.org