Des moutons dans la tanière

Le mouvement étudiant s'apprête à déterrer la hache de guerre. Face aux menaces de l'État québécois de réduire encore une fois l'accessibilité aux études universitaires en augmentant des frais de scolarité déjà insoutenables pour une bonne partie de la population, les étudiantes et les étudiants se préparent enfin à défendre leurs droits. Tandis que de plus en plus de gens comprennent que le gouvernement ne reculera pas à moins d'y être forcé, Québec Solidaire (QS), le « nouveau » parti social-démocrate, se prépare aussi, à sa façon, à jouer son rôle dans la lutte étudiante à venir.
 

L'urne ou la rue

QS, résultat de la fusion en 2006 de deux petits partis de gauche, se plaît à se présenter dans ses documents et communiqués de presse comme un « parti des urnes et de la rue ». Phrase creuse s'il en est, on s'imagine peut-être que l'addition théorique, sur papier, de deux terrains qui s'opposent dans la pratique, suffit à masquer cette contradiction. Car si l'image de la rue renvoie effectivement aux mouvements sociaux, aux populations en lutte pour améliorer leurs conditions de vie, celle des urnes, incompatible, ne peut signifier autre chose pour un parti que ses visées électoralistes. La stratégie de la rue repose, comme dans le cas de la hausse des frais de scolarité, sur la compréhension qu'une victoire contre l'État ne pourra venir que de nous-mêmes, de nos actions, ici et maintenant, qui viseront à mettre assez de pression sur l'État pour qu'il n'ait d'autre choix que de faire marche arrière. En revanche, la stratégie des urnes fait appel à notre passivité; d'autres régleront nos problèmes pour nous : « Attendez les élections, puis faites le bon choix. Tout ira mieux (après, plus tard, peut-être). » 
 
Sans accuser l'ensemble des militantes et des militants de QS d'agir en pleine connaissance de cause, la prétention de leur parti de réconcilier la rue et les urnes n'est qu'un vernis idéologique, un masque qui occulte la réalité. En tant que parti politique, la priorité de QS, c'est de prendre le pouvoir, de se faire élire, par les urnes. Leur présence dans la rue n'est jamais davantage qu'un spectacle. La rue n'est qu'un décor où QS cherche à se faire connaître, à semer des promesses dans l'espoir de récolter des votes, à recruter de nouveaux et de nouvelles membres. En novembre dernier, QS diffusait d'ailleurs au sein d'une manifestation étudiante une « édition spéciale » (la seule, pour l'instant) d'un journal intitulé Solidarités. Au-delà de quelques arguments en faveur du droit à l'éducation et d'une redistribution social-démocrate de la richesse, le quatre-pages se limite à un marketing poche, étalage de promesses électorales et autres banalités auto-promotionnelles. Mais faut-il s'en étonner?
 

Le vote ou la mobilisation

Toutefois, un événement particulier pourrait bien transforner cet appui intéressé en campagne promotionnelle affirmée : des élections provinciales. QS aura alors le beau jeu de déballer sa grosse langue de bois pleine de belles promesses de gratuité scolaire et de vie meilleure. En fait, ils et elles le font déjà, comme en témoigne la diffusion de leur Solidarités. « QS : seul parti à proposer la gratuité scolaire »! Pendant que le mouvement étudiant redécouvre qu'il peut, comme un loup, montrer les crocs et mordre la main qui refuse de le nourrir, les moutons solidaires tenteront tant bien que mal de nous rappeler, par leur unique présence, que le plus important, c'est évidemment l'élection de QS.
 
Militantes et militants de QS : si vous ne pouvez concevoir de participer à la lutte sans y faire la promotion de votre parti, si vous ne pouvez vous empêcher de chercher à convaincre les gens autour de vous de voter pour QS, si vous ne vous impliquez pas principalement pour contribuer à faire pencher le rapport de force en faveur du mouvement étudiant, si vous avez à cœur une victoire étudiante, ou si vous ne comprenez pas en quoi QS peut y être un obstacle : de grâce, restez chez vous.