Une nouvelle escouade pour vous défendre...

...pour vous défendre de réfléchir, d'être vous-même, de poser des questions, de critiquer, de vous opposer à l'ordre établi et à ses injustices, de vouloir changer le monde, etc.

En juillet dernier, on apprenait, par l'entremise d'un article dans les pages du Journal de Montréal, l'existence d'une nouvelle escouade au sein du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) : l'escouade GAMMA, chargée du « Guet des activités et des mouvements marginaux et anarchistes ». La révélation faisait suite à l'arrestation de quatre militants et militantes ayant participé aux manifestations du premier mai et à celles de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), quelques mois plus tôt. Depuis, un autre militant associé à l'ASSÉ a été arrêté et, à en croire le SPVM lui-même, ce n'est qu'un début.

Tout comme l'ASSÉ et la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP), ainsi que d'autres organisations qui ont réagi vivement à la nouvelle, nous ne sommes pas dupes. Bien que l'existence d'une escouade spécifique, dédiée à « coordonner sa lutte aux groupes marginaux et anticapitalistes » constitue un développement inquiétant, on savait déjà que le SPVM ciblait spécifiquement des individus dont les convictions politiques remettent en question l'ordre établi. Le communiqué publié par la CRAP faisait d'ailleurs la lumière sur la présence de préjugés anti-anarchistes dans un rapport portant sur la manifestation anti-capitaliste du 1er mai 2008.1

S'agit il d'un changement de tactique pour le SPVM? En menant une répression plus ciblée à l'endroit d'individus identifié-e-s commes des « leaders » au sein des mouvements surveillés, les boeufs espèrent peut-être pouvoir délaisser peu à peu les arrestations de masse qui les plongent plus souvent qu'autrement dans l'embarras. Ce ne serait pas surprenant compte tenu du fait que le service de police a échoué à plusieurs occasions à bâtir des dossiers assez solides auprès de la cour pour obtenir des verdicts de culpabilité. Parmi les exemples, on se rappelle de l'arrestation de masse en marge de l'Organisation mondiale du commerce en 2003, qui fait présentement l'objet d'une plainte auprès de la Commission des droits de la personne, et celle du 19 novembre 2004, opération pour laquelle le SPVM a été blamé pour ses pratiques discriminatoires dans un rapport de l'Organisation des nations unies (ONU).2

Tout cela en dit long sur les priorités du SPVM... La division de lutte au crime organisée, responsable de GAMMA, s'inquiète des « mouvements marginaux » tandis que les rackets et la corruption continuent de s'épanouir quasi-impunément dans les différents paliers du gouvernement. À cet effet, le communiqué de la CRAP nous rappellait que le chef de la division en question du SPVM était lui-même sous enquête pour une affaire de pot-de-vin! Belle justice!

Au fait, serions-nous devenu-e-s le nouvel « ennemi intérieur », cette construction politique nécessaire à la légitimation de l'État dont parle Mathieu Rigouste dans son ouvrage?3 On aimerait penser que la surveillance policière accrue de nos activités laisse supposer une capacité de mobilisation dont nous ne soupçonnions pas l'importance. Il faut dire que les motifs de mécontentement de la population ne manquent pas, et que leur radicalisation et leur convergence pourrait bien donner quelques mauvaises nuits de sommeil à ceux et celles censé‑e‑s nous « représenter » : dégradation des services publics, scandales et corruption de-ci, de-là, gaz de schiste, dégoût de plus en plus clair et net à l'encontre du capitalisme...

Au final, même si les plaintes déposées contre GAMMA auprès d'instances officielles portent fruit, ce ne sera pas la fin de la répression à caractère politique. Tant qu'il y aura des individus et des mouvements qui luttent contre le statu quo, ceux et celles qui en profitent trouveront de pauvres larbins pour leur servir à la fois de bras armé et de bouclier. C'est pourquoi, sans tomber dans le piège de la paranoïa paralysante, nous devons développer des pratiques et des outils qui permettront d'assurer notre propre sécurité, tant que ce sera nécessaire.