Subvertir les services publics

La lutte pour la défense des services publics et des programmes sociaux bat son plein au Québec. L'élite profite d'une crise préfabriquée des finances publiques pour attaquer de plein fouet, idéologiquement et pratiquement, le service public et la solidarité sociale. Hausses de frais et de tarifs, financement régressif des services et privatisations sont au menu. S'il y a urgence de défendre des conquêtes sociales essentielles, nous ne pouvons faire l'économie d'une critique du statu quo et tenter de trouver des passerelles vers un autre futur.

Service public

Selon la Coalition opposée à la tarification et la privatisation des services publics, « un service public est une activité exercée ou contrôlée par l’État dans le but de satisfaire un besoin d’intérêt général », de plus, « plusieurs services publics sont directement en lien avec la réalisation des droits humains et, en assurant un accès à tous et toutes, les services publics contribuent à la solidarité et à la cohésion sociale ». On touche ici à la contradiction fondamentale du service public : il s'agit à la fois d'un instrument de solidarité imposé par les luttes passées (une conquête sociale) et d'un instrument de contrôle social et de régulation de la société capitaliste. Bref, les services publics sont utiles autant à nous qu'à la classe dirigeante.

À part quelques idéologues, personne ne veut réellement abolir les services publics ou les privatiser complètement. Notamment parce qu'ils sont un élément important de compétitivité internationale. S'il existe encore une industrie automobile au Canada, c'est - entre autres - grâce à son système de santé. Eh oui, même bien payé-e-s, les travailleuses et les travailleurs d'ici sont compétitives et compétitifs parce que les multinationales américaines n'ont pas à leur payer d'assurances comme c'est le cas au sud de la frontière. L'enjeu réel de la bataille, c'est plutôt de nous transférer l'ensemble des coûts et de rendre ces services publics lucratifs pour le milieu des affaires.

Subvertir le statu quo

Actuellement, nous jouons un jeu défensif sur la question des services publics. Cette position n'est guère tenable à moyen terme. Pour progresser, il faut pouvoir défendre les services publics et les subvertir (dans le bon sens). Il y a, au moins, deux éléments de rupture dialectique en jeu dans la contradiction des services publics. Le premier, c'est l'enjeu de l'autonomie et de la gestion. Actuellement, c'est l'État qui contrôle et gère les services publics. Or, l'État n'est pas neutre : c'est un instrument de l'élite. De plus en plus, le gouvernement veut réduire la participation des catégories populaires sur les divers conseils d’administration pour les remplacer par un maximum d’ami-e-s du privé, voir carrément en déléguer la gestion au complet (partenariats public-privé). On le voit en éducation et en santé, notamment, nos services publics ne souffrent pas seulement de sous-financement, mais aussi de mal-financement et de mauvaise gestion (bonjour l'Îlot Voyageur! bonjour le CHUM!). Pour renverser la vapeur, il faut revendiquer l'autonomie des services publics et leur autogestion.

L'autre enjeu, c'est celui de l'universalité et de la gratuité. La logique marchande pernicieuse s'introduit dans les services publics entre autres par le biais de la tarification. On veut nous faire payer deux fois pour les services publics afin de les mouler sur la logique du marché. De la même façon, on organise la rareté afin d'alimenter le mécontentement dans l'espoir de donner des arguments à une éventuelle privatisation. Pour casser cette logique, il faut revenir au concept d'universalité et de gratuité, c'est à dire des services accessibles à tous et toutes sur l'ensemble du territoire, peu importe le revenu disponible.

Ne s'agit-il là que de revendications réformistes? Oui et non. Être révolutionnaire aujourd'hui c'est aussi se situer au cœur des luttes sociales et pouvoir identifier les potentiels d'autonomie populaire et de ruptures autogestionnaires. Comme l'indiquaient les camarades de l'OCL, en France, dans une brochure récente 1 : « Affirmer que l'économie doit avoir pour objectif la création de biens et de services utiles à chaque individu et non d'engendrer des profits pour une minorité, c'est également démontrer que tout devrait être service public, et dénoncer le caractère arbitraire de ce qui est actuellement défini comme tel ».