Sortir du marécage de la conciliation : témoignage d’un militant au Saguenay

Vers la mi-janvier s’est formé à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) le Comité Autonome Pour l’Accessibilité aux Études (CAPAÉ). Il se propose de mobiliser la population étudiante afin de mener une véritable escalade des moyens de pression face aux discours réducteurs et aux pratiques complaisantes de plusieurs organisations.

Au Saguenay, le rectorat, les chambres de commerce, les élu-e-s, le gouvernement, les think-tanks de droite, les militaires de Bagotville et les éditorialistes des journaux de masse font consensus sur la hausse des tarifs en éducation. Le Mouvement des associations générales étudiantes (MAGE-UQAC) - affilié à la FEUQ - cherche quant à lui à canaliser la grogne étudiante sur un plan d’action insipide et des démarches lobbyistes.

Depuis sa création, le CAPAÉ a organisé deux actions ayant permis de rassembler près d’une trentaine d’étudiants et d'étudiantes engagé-e-s dans l’Université et d’amener une voix étudiante alternative sur le campus et dans les médias régionaux, notamment lors de l’évacuation générale des Résidences du Cégep de Chicoutimi liée à la négligence inavouée de la direction. Le Comité autonome reçoit l’appui de plusieurs associations étudiantes modulaires de l’UQAC, du Syndicat des étudiants et étudiantes employé-e-s de l’UQAC et de divers groupes communautaires. À l’invitation de l’Association étudiante du Collège d’Alma et de professeurs, le CAPAÉ a pu présenter des ateliers de formation à des centaines d’étudiantes et d'étudiants du Lac-Saint-Jean et établir de bons contacts avec d’autres voix étudiantes alternatives de la région.

Cette expérience nous a permis de réaliser l’importance de l’organisation autonome des franges les plus combatives pour œuvrer à la radicalisation des luttes sociales. Les idées du Comité autonome ont été portées dans les regroupements régionaux des organisations communautaires et syndicales pour faire entendre un discours plus combatif - seul un rapport de force pourra faire reculer le gouvernement - et tenter de tisser des liens avec d’autres organismes. Dans son fonctionnement, le Comité tente de s’approcher de la démocratie directe. De même, il devient un lieu de développement de l’autonomie individuelle à travers la rotation des tâches importantes et la prise de décision collective. Un tel fonctionnement n’est pas sans crainte pour le personnel de sécurité de l’UQAC qui justifient l’emploi de moyens d’intimidation et de surveillance envers les manifestants et manifestantes pacifiques au prétexte que des casseurs pourraient s’immiscer dans leurs groupes. Une chose est certaine : l’organisation des dominé-e-s sur leur propre base inquiète toujours les élites qui voudraient contrôler la situation à leur profit.

En tant que membre du Collectif Emma Goldman et participant actif au CAPAÉ, je ne me fais aucune illusion par rapport à ce genre de comité. Dans le contexte des rapports sociaux actuels, les groupes activistes autonomes sont très vulnérables face aux tentatives de récupération et à l’opportunisme ou la mauvaise foi de quelques-uns ou quelques-unes de leurs membres. C’est pourquoi il est important que les anarchistes s’organisent dans des collectifs et organisations spécifiquement anarchistes en plus de leur implication dans les mouvements sociaux pour radicaliser les luttes.

Faut lutter pour gagner!

– Un militant communiste libertaire