L'écoresponsabilité a-t-elle un genre?

Notre système économique repose, nous le savons, sur une logique d'accumulation et de croissance illimitée dans lequel les profits sont le principal moteur de la production. Ceci fait en sorte que l'argument économique prime sur les besoins réels des populations et ignore les considérations éco-systémiques.

Le sentiment de péril écologique se faisant sentir avec plus d'acuité, le discours de l'écoresponsabilité trouve de plus en plus d'échos chez la jeune génération préoccupée, à juste titre, par la destruction de son environnement. L'écoresponsabilité consiste en un type d'engagement au quotidien qui se traduit par l'adoption de comportements individuels devant réduire l'empreinte écologique des personnes sur l'environnement: compostage, jardinage, utilisation de couches lavables, récupération des eaux grises à d'autres fins, achat de produits biologiques etc. L'écoresponsabilité, de notre point de vue, n'échappe pas à une double critique.

D'une part, l'adoption d'un comportement individuel écoresponsable, déconnecté du domaine de la lutte politique, n'a aucun effet sur les principales responsables de la destruction environnementale, c'est-à-dire les compagnies forestières, papetières, minières, gazières, etc. Par ailleurs, l'écoresponsabilité n'effleure même pas les bases du système économique qui permet une telle marchandisation du vivant, c'est-à-dire le système capitaliste.

D'autre part, l'engagement écologique au quotidien vient directement interpeller la division sexuelle du travail dans la sphère domestique: « Les femmes constituent le « groupe cible » tout désigné des actions écologiques, puisque ce sont elles, traditionnellement, qui accomplissent ces tâches au regard de l'évolution historique du patriarcat » 1. En effet, ces actions se traduisent souvent par une augmentation des responsabilités ménagères, tâches qui incombent encore aux femmes malgré tout ce que l'on entend à propos de l'égalité qui serait déjà là, ou du féminisme qui serait allé trop loin. Si l'on se fie à des études récentes sur les « temps sociaux » comme celle de l'Institut national de la statistique et des études économiques (France), les femmes de 25-34 ans consacreraient en moyenne cinq heures par jour au « temps domestique » contre en moyenne trois heures pour les hommes. Au Québec, selon une étude de l'Institut de la statistique du Québec, les femmes consacraient toujours en moyenne quatre heures par jour aux activités domestiques en 2005, tandis que les hommes y accordaient environ 2,6 heures. Par contre, l'argument écologique comporte une forte charge auto-justificative: « Le fait de se concentrer sur la finalité écologique de l'action contribue à invisibiliser le travail des acteurs et actrices écologiquement engagé-e-s […] leur engagement concourt à la perpétuation des inégalités hommes femmes et participe à l'oppression de classe et de sexe » 1.

  • 1. a. b. Lalanne et Lapeyre, 2009