Introduction au mouvement queer

Du 10 au 20 mars 2011 a lieu à Montréal la Radical Queer semaine. Ateliers, performances, concerts, débats, projections, expositions, actions directes et cuisines collectives : la semaine ne manquera pas d'activités! Mais queer, au juste, ça signifie quoi? Entretien avec un militant queer.

Queer, ça signifie quoi?

Le terme queer a plusieurs visages et c’est pourquoi il est toujours difficile à définir. À l’origine, il était utilisé pour signaler quelque chose de bizarre, étrange, louche. C’est ensuite devenu un terme péjoratif pour désigner les homosexuel-le-s. Puis, au début des années 1980, par un mouvement de réappropriation – un peu comme le terme « nigger » pour le racisme –, le mot queer en est venu à prendre sa définition actuelle, soit celle du refus et de la contestation des identités définies. Queer signifie un rapport à l’identité plutôt qu’une identité : c’est un refus de se laisser enfermer dans des boîtes, dans les conventions sociales associées aux genres masculin et féminin ainsi qu'aux relations entre les genres. C’est un rapport au monde davantage qu’une « liste d’épicerie » d’oppressions à combattre.

Qu’est-ce qui distingue le mouvement queer des mouvements LGBT (lesbiennes, gays, bisexuel‑le‑s et transgenres) et féministes?

Il y a bien sûr plusieurs mouvances au sein de ces mouvements, mais une chose qui distingue les revendications queers de celles de certains groupes homosexuels est la volonté de remettre en question les fondements de la société libérale. Plusieurs organisations pour la défense des droits civiques ont ainsi lutté avec brio contre la domination et la répression des homosexuel-le-s, ce qui est très valable, mais leurs luttes se sont arrêtées là et plusieurs relations de pouvoir et conventions continuent d’être reproduites. Le droit au mariage gai ou à la participation à l’armée demeurent ainsi des revendications qui contribuent à perpétuer ces conventions. Les milieux gais – surtout masculins – sont aussi fortement axés sur la consommation et la logique marchande, et c’est pourquoi plusieurs personnes en sont venues à se distancer de ces milieux et mouvements. L’identité féminine sous-jacente à certaines conceptions du féminisme pose également problème pour les queers puisque cette identité est parfois représentée comme unique et essentielle. D’un point de vue queer, cette relation à l’identité apparaît très insatisfaisante.

Au quotidien, que font les militants et militantes queers?

Les militants et militantes queers sont partout et nulle part : ils et elles n’ont pas de « grosse organisation » et militent dans toutes sortes de groupes (comités logement, collectifs, syndicats, etc.). C’est un militantisme qui, comme le terme queer, a plusieurs visages. Les organisations queers sont d’ailleurs souvent affinitaires. Une de leurs pratiques courantes est toutefois la création de safe spaces qui sont des espaces sécurisants au sein desquels les participantes et les participants peuvent échanger et discuter. L’un de ces espaces est d’ailleurs la Radical queer semaine qui a lieu chaque année, à la mi-mars.

Enfin, quelques suggestions de lecture pour les personnes un peu plus curieuses?

Les personnes intéressées peuvent trouver sur Internet pas mal d’information. Voici quelques sites en particulier :

http://www.lespantheresroses.org
http://www.politiq.info/
http://riotcoco.blogspot.com
http://www.qzap.org
http://www.radicalqueersemaine.org