De la difficulté de hausser le ton

Il y a un an la colère contre le gouvernement libéral était palpable. C’était l’époque des grands rassemblements, de droite comme de gauche, contre le budget. Tous les espoirs semblaient permis et certaines mouvances, dont nous sommes, se sont même mises à parler de grève sociale. Et puis, pouf, tout est retombé. Tout? Enfin, presque.

Quelques secteurs en pointe ont maintenu la pression et haussé le ton. Dans la foulée de la Marche mondiale des femmes, des militantes ont occupé des bureaux et posé des gestes d’éclat. Le FRAPRU (Front d'action populaire en réaménagement urbain) y est allé d’une série d’actions de « blocages », puis d’occupations simultanées et finalement d’une caravane qui a sillonné le Québec pendant une semaine. La Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics a apporté sa contribution avec un blocage complet du siège social d’Hydro-Québec. À côté de ces actions d’éclat, il y a eu aussi quelques mobilisations de masse impressionnantes (Marche mondiale des femmes à Rimouski, actions du FRAPRU et manifestation étudiante du 6 décembre).

Il faut toutefois reconnaître deux choses. Premièrement, on est encore loin des perspectives de grève sociale ou de perturbations économiques mises de l’avant au printemps dernier. Deuxièmement, on est encore dans le domaine de l’action symbolique, même si c’est un peu plus punché. Il manque encore un acteur clef pour faire lever la mobilisation et passer à l’étape suivante : le mouvement syndical.

L’absence des syndicats, ou plutôt leur présence pour le moins timide, ne doit pas nous paralyser. Oui, ça prendrait objectivement une grève sociale ou à tout le moins un mouvement social d’envergure et prolongé pour faire reculer le gouvernement. Non, nous ne sommes pas encore rendu-e-s là au Québec. La question est : « que faire pour changer la donne? »

Les communistes libertaires sont d’avis qu’il faut construire dès maintenant les conditions de la riposte. Si la grève sociale est une perspective intéressante, il ne faut pas qu'elle devienne une excuse à l'inaction, sous prétexte que « les conditions gagnantes » ne sont pas réunies. Pour notre part, nous avons amené notre contribution à plusieurs niveaux. Par l’agitation et la participation aux actions, bien sûr, mais aussi en organisant des assemblées militantes dans les villes où nous avons des collectifs.

Une perspective semble faire l’unanimité dans les discussions que nous avons eues un peu partout. Il ne faut plus attendre que les grandes et petites directions des mouvements sociaux nous organisent une belle lutte sociale : cela n’arrivera pas. Si l'on veut lutter, il faut nous organiser dans nos milieux : en coalition, en comité de mobilisation, en collectif, etc. L’objectif demeure de rejoindre le plus grand nombre, que ce soit au coeur de nos organisations de masses, ou de façon autonome lorsqu’elles sont irrémédia­blement sclérosées. Pour organiser la riposte, nous ne pouvons compter que sur nos propres moyens.