Des héros, vraiment?

Dans le cadre de la Marche Mondiale des Femmes, la Fédération des Femmes du Québec (FFQ) a produit des capsules vidéo, dont une qui a beaucoup fait jaser. Celle-ci dénonce notamment le recrutement militaire dans les écoles et l’occupation de l’Afghanistan. Les détracteurs et les détractrices ont davantage attaqué la forme de cette capsule ainsi que la FFQ, au lieu de débattre du message. Les militaires sont-ils, sont-elles « des héros », comme l’a alors affirmé la mère d’un soldat tué?

Il est pertinent de rappeler que les premières semaines du conflit causèrent la mort de plus de 4000 civil-e-s du côté afghan. De plus, des centaines de prisonniers et de prisonnières furent transféré-e-s à la base de Guantánamo et plusieurs O.N.G. ont avancé qu’il y aurait eu des massacres de détenu-e-s. Un an après que le régime taliban fut chassé du pouvoir, Amnistie internationale et Human Rights Watch dénonçaient également la situation des droits humains en Afghanistan. Qui plus est, les rapports annuels n’ont pas démontré une amélioration de la situation. En effet, depuis le début de l’occupation, les populations civiles ont été victimes de multiples cas d’harcèlement, de violence, de torture et de viol. Cette situation n’est pas seulement le fait des groupes criminels et des milices armées. À ce sujet, des révélations troublantes ont même fait manchette en septembre dernier en ce qui a trait aux abus et aux crimes de guerres commis par des militaires canadiens. Et pendant ce temps, l’OTAN ferme les yeux sur les abus commis par les forces policières et militaires afghanes.

La libération des femmes représente l’une des justifications majeures de l’invasion militaire de l’Afghanistan. Malgré neuf ans d’occupation, il y a toujours des mariages forcés, des meurtres d’honneur, du trafic de femmes, ainsi que des femmes lapidées pour attitude « immorale ». Quoiqu’en disent ceux et celles qui appuient cette guerre, on ne peut malheureusement pas tout attribuer aux Talibans. Rappelons qu’en avril 2009, le président Hamid Karzaï a signé une loi qui démontre la nature profondément misogyne et fondamentaliste de son gouvernement. Cette loi a pour effet de restreindre davantage les droits des femmes appartenant à la minorité chiite. Elle interdit aux femmes de quitter le domicile conjugal, sauf pour des raisons jugées légitimes. Elle leur interdit de travailler ou de recevoir une éducation sans autorisation du chef de famille. La loi n'accorde la garde des enfants qu'aux pères, et aux grands-pères en cas de divorce, et écarte les femmes de la succession. Cette loi permet de façon explicite le viol conjugal en permettant aux maris de retirer tout soutien matériel (y compris la nourriture) aux femmes si elles refusent de satisfaire leurs demandes sexuelles. Alors, il semble douteux de prétendre que la situation des femmes s’est améliorée dans ce pays.

Les « héros » canadiens ne font pas partie de la solution en Afghanistan, mais bien du problème. L’occupation par des forces étrangères a envenimé la situation en Afghanistan et empêché les mouvements sociaux les plus progressistes de s’y développer. Pire encore, les gouvernements états‑uniens ont financé et soutenu dans les années 1980 les franges les plus réactionnaires de l’insurrection contre l’occupant soviétique et continuent encore aujourd’hui de supporter et de venir en aide à un gouvernement foncièrement rétrograde.