Martinique et Guadeloupe en lutte

Le colonialisme n'est pas une machine à penser, n'est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l'état de nature et ne peut s'incliner que devant une plus grande violence.
— Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon

Voilà bientôt dix-huit mois, un formidable mouvement social secouait les « Antilles françaises ». Blocage des centres commerciaux et grèves ont alors duré près de quarante jours en Martinique, et plus longtemps encore en Guadeloupe. Le pouvoir colonialiste et les médias français ont observé pour l’occasion un silence éloquent, habituel en ce genre de circonstances. Mais après avoir tenté une politique de « cordon sanitaire » pour tenter de contenir les dizaines de milliers de manifestant-e-s qui occupaient la rue en demandant le respect de leurs droits, les bonzes du gouvernement Sarkozy ont bien dû affronter la réalité: le mouvement s'étendait.

Des revendications qui ont abouti

Les revendications avancées peuvent être classées en trois catégories. 1) l’exigence d’une baisse des prix à la consommation. Quatre cents types de produits étaient visés, dont les plus essentiels, ce qui représentait concrètement des milliers d’articles. 2) le maintien et l’élargissement de la protection sociale avec entre autres le gel des loyers sociaux. 3) l’alignement sur le droit français en matière de lois sociales, notamment en ce qui concerne les pensions.

Évidemment, les manifestants et manifestantes regroupé-e-s dans le LKP en Guadeloupe, ou dans le « Kolektif 5 févryé » en Martinique n'ont pas gagné sur tous les plans. Mais cette révolte, véritable « Mai 68 » antillais, a permis des avancées concrètes : le pouvoir s’est vu contraint de baisser le prix des carburants, les petits salaires ont bénéficié d’une augmentation de 200 euros par mois et les prix des produits ont été révisés à la baisse. Même si ces acquis, faute de triomphe clair et définitif, seront sans doute peu à peu rognés, ce fut une grande victoire prolétarienne à une époque où les différents gouvernements ne promettent au peuple que du sang et des larmes.

Et maintenant?

Un tel mouvement, né d’une intersyndicale dynamique composée de syndicats de combat, nous montre que la résignation n’est pas la fatalité par laquelle nous devrions tous passer. Oui, on peut se révolter et obtenir des droits nouveaux et des avantages dans une société en crise. En raison d’une absence de perspectives que certains préfèrent cultiver au nom d’intérêts politiciens et électoralistes, la combativité s’est toutefois essoufflée dans les Antilles. Les leaders, en Martinique, ne surent pas intégrer les nouvelles générations dans le mouvement, préférant avant tout les garder sous contrôle par le biais de visions politiques surannées, s’engouffrant dans le piège électoraliste tendu par le pouvoir français. Le résultat fut une défection de la population qui, ne se sentant plus concernée, délaissa les orateurs seuls avec leurs « bels pawols ». C’est bien la preuve a contrario que la démocratie directe reste une pratique indispensable aujourd’hui si l’on veut pérenniser et rendre efficace un mouvement. Ces messieurs les politiciens ne peuvent évidemment l’admettre. Le peuple, lui, leur répond, à sa façon, en ne les suivant plus.

Pour en savoir plus, voir le livre Matinik doubout, aux Éditions Alternative libertaire.

[NDLR: Ce texte est une contribution d'un camarade martiniquais d'Alternative libertaire, auteur de Matinik Doubout. Nous avons malheureusement omis cette mention dans la version papier de l'article.]