La leçon grecque

Nous envoyons d’Athènes un message de combat et de résistance aux travailleurs de tous les pays d’Europe, contre la barbarie des marchés du capital, des gouvernements et de l’Union européenne. Le gouvernement, le FMI, l’Union européenne ont décidé de conduire les travailleurs, la société grecque, à la barbarie sociale la plus sauvage que nous ayons jamais vécu. Ils nous aplanissent. On nous vole nos salaires, on nous vole nos retraites, on nous vole nos droits du travail et de protection sociale, on nous vole notre droit à la vie. Ils imposent la jungle des relations de travail, ils abolissent le salaire de base le plus bas, ils développent le contrat de première embauche, ils libéralisent les licenciements, ils diminuent les allocations sociales, diminuent le taux horaire des heures supplémentaires. Ils donnent la possibilité aux employeurs de jeter à la rue un vieux salarié et avec le même argent d’embaucher trois ou quatre jeunes précaires.

— Ilias Vretakou, vice-président d’ADEDY (syndicat de la fonction publique)

La crise économique ne se répercute évidemment pas uniquement sur le Québec et le Canada. Le capital étant mondialement répandu, son accumulation amène les classes dirigeantes d'un peu partout à réclamer sensiblement les mêmes politiques gouvernementales austères et réactionnaires. Bien entendu, ils veulent que l'État injecte de l'argent dans les banques et les entreprises défavorisées par la crise. Et puisqu'il ne pousse pas dans les arbres, c'est dans les poches des travailleurs et des travailleuses qu'on tente d'aller le chercher. Heureusement, plusieurs refusent de céder à cet ignoble chantage.

Alors que le gouvernement grec tente d'imposer un plan d'austérité draconien aux classes populaires, la résistance semble - pour une fois! - à la hauteur de l'arrogance des classes dirigeantes. Le plan du gouvernement et de l'Union européenne pour donner un coup de pouce à la « main invisible du marché » est tout à fait en phase avec l'idéologie capitaliste contemporaine : 10% de réductions des revenus des salarié-e-s du public, une augmentation de taxes de 2%, 10% de réduction dans les dépenses publiques, deux ans de travail de plus pour la retraite, 100 millions d’euros de diminution dans le budget de l’éducation, etc.

Le problème des classes dirigeantes grecques est que le mouvement anarchiste et socialiste est si bien implanté dans le pays qu'il peut à lui seul développer un rapport de force considérable face à l'État et à ses alliés. On se souvient de la vague sans précédent de manifestations, d'émeutes et d'actions directes qui avaient secoué le berceau de la démocratie en 2008 suite à la mort par balle policière d'un jeune anarchiste. Mais si ces mobilisations étaient grandement animées par la jeunesse étudiante et immigrante, celles de 2010 sont enfin relayées par le mouvement ouvrier. Le 5 mai dernier, suite à plusieurs mois de mobilisations, la Grèce part en grève générale : Tripoli, Patra, Volos, Ioannina, Igoumenitsa, Hérakleion, Thessalonique furent envahies de centaines de milliers de manifestant-e-s. Athènes à elle seule mobilisa plus de 250 000 personnes.

Manifestations, émeutes et actions directes continuent depuis. À la mi-juillet, le pays en était à sa sixième grève générale de l'année. Le mouvement viendra-t-il à bout du gouvernement grec et de l'Union européenne ? Va-t-il renverser ce gouvernement « de gauche » ? La hiérarchie syndicale va-t-elle encore une fois agir comme un frein face à la grogne populaire ? Si la victoire est loin d'être acquise, la résistance grecque est certainement une source d'inspiration pour les peuples du monde qui, comme au Québec, font face aux attaques systématiques et puissantes de la bourgeoisie. Les classes populaires grecques, contrairement aux bureaucrates et aux politiciens, semblent avoir compris que seule la lutte peut éventuellement mener à la victoire… et que l'apathie et l'écrasement, pour leur part, sont de facto de nouvelles défaites à inscrire dans l'histoire de la lutte des classes.