Il y a 40 ans en Italie, l'automne chaud de 1969

Extraits d’une brochure que l’UCL publiera dans le cadre du Salon du Livre Anarchiste.

J'ai finalement découvert maintenant que nous ne luttons pas seulement contre le patron mais contre tout
— Un ouvrier de Fiat, Lotta Continua, novembre 1969

En cette période de lutte qui s'amorce (enfin on l'espère) dans un contexte de crise, de privatisations, de coupures massives dans les services publics et de tentatives de diminutions drastiques des conditions de travail, il peut être pertinent de chercher dans l'histoire récente des exemples de mouvements contestataires afin de s'en inspirer ou du moins de tenter d'en tirer une leçon.

Lorsqu'on pense à la fin des années 60, le mai 1968 français est l'image qui pour la plupart d'entre nous est la plus représentative du mouvement contestataire de cette époque. Cependant, lorsqu'on regarde de plus près les luttes sur le continent européen, on peut rapidement se rendre compte que c'est du côté italien que le mouvement et les luttes se sont le plus radicalisé-e-s et ont eu le plus d'ampleur. Celles-ci débutant dès mars 1968, pour ne se terminer réellement qu'une dizaine d'années plus tard, mettant fin à la décennie des années 70 que l'on surnomma les « années de plomb », en raison de la lutte armée qui devint omniprésente dans ce pays.

L'année 1968 marque, comme ailleurs, le point culminant de cette vague contestataire étudiante mais, contrairement à la France, celle en Italie ne se limitera pas à la capitale. Dès janvier, une dizaine de villes universitaires de la péninsule seront en lutte. À Padoue, Venise, Pise, Milan et Florence, les affrontements entre groupes étudiants et forces de l'ordre seront d'une violence extrême.

Cette vague mènera à l'une des caractéristiques les plus spécifiques et intéressantes d'un point de vue révolutionnaire, soit la création de liens entre le mouvement étudiant et les ouvriers de quelques usines dès le printemps 1968. Ces liens deviendront permanents et produiront une forme innovatrice d'organisation et de démocratie directe, telle que la célèbre assemblée operai-studenti (ouvriers-étudiants) à l'usine Fiat de Turin. Au mois de septembre, l'assemblée devient le groupe Lotta Continua, dont l'approche était centrée sur les luttes de la base par opposition à ce qui était vu comme la politique et l'opportunisme de la gauche stalinienne dominante. Leur analyse de lutte de classe se prolongeait dans leurs actions à l'extérieur de leur lieu de travail.

Ces quelques années de radicalisation mèneront à une montée des luttes ouvrières qui, même si elles existaient depuis le début des années 60, seront d'une ampleur presque inégalée dans la seconde moitié du 20iècle siècle. L'automne chaud avec ses 300 millions d'heures de grèves, dont 230 millions seulement pour l'industrie, aura été la lutte ouvrière la plus massive et la moins contrôlée de toute l'histoire de l'Italie. Un mouvement historique, qui malgré ses faiblesses, mérite d'être connu et dont tous les travailleurs et toutes les travailleuses devraient s'inspirer, puisqu'il remettait en cause non seulement les conditions de travail, mais les fondements du travail et du capitalisme.