Budget antisocial - Il faut faire reculer le gouvernement!

Le budget déposé le 30 mars dernier est une véritable déclaration de guerre. Le gouvernement libéral a décidé de s'enfermer dans le plus court calendrier de "retour à l'équilibre budgétaire" possible et, pour y arriver, il a choisi la voie des compressions et des hausses de taxes et de tarifs. Alors qu'il avait le choix, le ministre des finances Raymond Bachand, un ancien du Fonds de solidarité de la FTQ (!), a décidé de systématiquement accabler les pauvres et les gens ordinaires, tout en épargnant l'élite et les entreprises. L'affront ne peut rester sans réponse. Il faut transformer la colère qui gronde en ouragan et augmenter la pression de la rue pour faire reculer le gouvernement.

Régression sociale

Sous le couvert cynique de « protéger les programmes sociaux », les libéraux ont durci le cours néolibéral de la gestion gouvernementale. Après avoir baissé les impôts de 5 milliards $ depuis le début des années 2000, l'État prévoit aujourd'hui revenir chercher 3,4 milliards $ en hausses de taxes et de tarifs. Malgré toutes les critiques que nous pouvons avoir face à l'impôt, il n'en demeure pas moins que les taxes et les tarifs sont autrement plus régressifs en ce qu'ils touchent tout le monde de la même façon, indépendamment des revenus. Pour prendre un exemple extrême, n'est-il pas choquant de constater que les milliardaires Péladeau, Desmarais ou Guy Laliberté vont payer la même « taxe santé » de 200$ que n'importe qui?

Dans le cas des tarifs, le gouvernement a choisi systématiquement le principe de la hausse uniforme. Ainsi, dans le cas de l'électricité domestique par exemple, les locataires qui ont des loyers mal entretenus vont écoper autant, sinon plus, que ceux et celles qui chauffent des palaces, des piscines ou des serres hydroponiques dans les sous-sols... Ajoutant l'injure à l'insulte, la facture d'électricité industrielle, elle, reste inchangée.

Justice sociale

Ce à quoi nous assistons actuellement c'est à un transfert massif de richesse du bas vers le haut de l'échelle sociale. C'est un vol caractérisé dont le but est de nous faire payer la crise des finances publiques (causée, à la base, par la crise de l'économie capitaliste). Le pire c'est que pendant que le gouvernement nous fait les poches, les compagnies ont vu leurs impôts réduits de 729 millions $ en 2010. C'est le principe de justice sociale qui en prend pour son rhume.

Le budget Bachand est inacceptable et doit être retiré, tout comme les mesures du même acabit qu'on nous promet dans la foulée (comme de permettre une hausse modulée des frais de scolarité pour qu'ils atteignent la moyenne canadienne). Un recul partiel, comme ça semble se dessiner sur la taxe santé, serait nettement insuffisant. Soyons clair : ce n'est pas à nous de payer pour la crise, il faut que les patrons passent à la caisse. Avec les années, la proportion des revenus du gouvernement qui viennent des entreprises a diminué de moitié. Des riches, il y en a au Québec. Le 1% au sommet de l'échelle sociale accapare 9% des revenus. Grâce à leurs privilèges fiscaux, les riches paient moins d'impôt sur le revenu (29%) que la classe moyenne (39%). Si le gouvernement a besoin d'argent, qu'il aille voir de ce côté là.

Seule la lutte paie

Il est possible de faire reculer le gouvernement. On l'a déjà fait et on le fera encore parce qu'on n'a pas le choix. La riposte est déjà bien enclenchée. À peine deux jours après le budget, plus de 15 000 personnes prenaient la rue à Montréal contre le budget. Cette manifestation est exemplaire par son côté unitaire. Pour une fois les différents mouvements sociaux ont su s'unir au delà de leurs différences. Depuis, les ministres du gouvernement ont dû faire face à plusieurs manifestations de moins grande ampleur à Sherbrooke et Saint-Hyacinthe notamment. D'autres manifestations massives et unitaires auront lieu le premier mai à Montréal et Québec. C'est bien mais il faut déjà préparer une escalade des moyens de pression. Le gouvernement a beau être actuellement très affaibli par des scandales de corruption divers, il table sur un essoufflement du mouvement de protestation. Il faudra pouvoir rebondir encore plus fort à l'automne avec d'autres manifestations, bien sûr, mais aussi des actions directes dérangeantes, des perturbations économiques et un projet de grève sociale.

L’alternative libertaire

Il faut reconnaître que le problème n'est pas que fiscal, le problème c'est surtout le capitalisme. Toute la société est organisée autour de la production de la richesse qui est ensuite accaparée par une petite minorité. Tant que cela durera, l'égalité économique et sociale sera un leurre et nous serons à la merci du chantage exercé par les capitalistes. Pour casser la dynamique actuelle, il faut réinventer un mouvement anticapitaliste dont l'objectif est d'en finir avec le pouvoir des patrons. La véritable justice sociale implique de reprendre le pouvoir dans nos lieux de travail, à l'école et dans nos quartiers pour socialiser l'économie, l'arracher aux mains des grandes compagnies, pour pouvoir la réorganiser ensemble en fonction des besoins humains. Ce projet a un nom, c'est une révolution communiste libertaire. Se battre sur des objectifs à court terme ne doit pas nous empêcher d'avoir un horizon plus ambitieux dans le même mouvement. C'est la perspective que nous défendons.

Tout ce qui brille... n'est pas or

Le gouvernement se fait attaquer tant sur sa gauche que sur sa droite. À Québec, une marche de protestation regroupant des milliers de personnes a eu lieu le 11 avril dernier. Officiellement non-partisane et citoyenne, la marche a été lourdement soutenue par certains médias de masse identifiés à la droite populiste (la station de radio FM93, le Journal de Québec, TVA, etc.). Résultat, une marche éminemment populaire mais intensément confuse politiquement (de la droite adéquiste à une certaine sociale-démocratie traditionnelle... voir plus à gauche encore). La motivation première des manifestantes et des manifestants semble avoir été les hausses de taxe, tarifs et impôts divers du dernier budget. Un ton populiste, proche de ce qu'on a pu voir régulièrement ailleurs en Amérique du Nord, était omniprésent. L'État gaspille notre argent, avant de nous taxer davantage, il faut faire le ménage, etc.

A lire et écouter les médias par la suite, on aurait pu croire que les gens sont descendu dans la rue parce qu'ils étaient déçus que le gouvernement n'ait pas fait plus de coupures. Il est plus important que jamais de porter un discours clair et limpide, qui identifie à qui profite le crime, et qui pointe vers des solutions et des perspectives d'action.