Féministes... tant qu'il le faudra!

L'année qui s'est écoulée depuis la dernière journée internationale des femmes nous permet au moins deux constats : d'une part, l'égalité n'est toujours pas atteinte et, d'autre part, les acquis sont fragiles. Évidentes pour plusieurs, ces remarques sont la base de ce qui anime les luttes féministes d'aujourd'hui.

La récente crise du capitalisme a fait couler beaucoup d'encre, mais peu d'analyses ont été spécifiquement consacrées aux impacts spécifiques aux femmes. Pourtant, nul besoin d'aller chercher bien loin pour en saisir l'ampleur… Les femmes occupent 59,5% des emplois au salaire minimum; ces postes précaires sont souvent non-syndiqués, et donc les premiers à être coupés. Elles constituent une grande part de la population à faible revenu (2,4 millions en 2001, contre 1,9 million d'hommes). Encore en 2007, une femme travaillant à temps plein gagne en moyenne 76% du revenu d'un homme et une salariée sur quatre travaille à temps partiel. Les emplois majoritairement occupés par des femmes (secrétaire, vendeuse et caissière) sont révélateurs du peu d'avancées réelles dans les mentalités. En période de crise, les coupures dans les services et les hausses de prix, elles sont les premières à les subirent.

Malheureusement, il n'y a pas qu'au travail que les femmes sont défavorisées par ce système au masculin. Socialement, notre conception des genres continue de dicter la norme en matière de comportements et de rôles. Bien que les femmes prennent de plus en plus la place qui leur revient à l'école et au travail, les hommes n'ont pas tout à fait accompli le chemin inverse. Ce sont encore elles qui se tapent la majorité du travail domestique non rémunéré, de l'entretien du foyer au soin des enfants. Et dire qu'on en trouve encore pour croire que les femmes soient naturellement « douées pour ces choses-là »! La mythique « femme libérée » n'est peut-être au fond qu'une Super-Woman à tout faire?

Si ces modèles sociaux genrés façonnent en partie l'être, ils n'épargnent très certainement pas le paraître. D'autant plus que l'économie marchande a vite fait de capitaliser sur cette dictature de l'apparence, imposant des modèles inatteignables que tant de femmes (et de fillettes!) ont intégrés au point de s'en rendre malades. Objet de désir masculin, la femme moderne se doit d'être jeune, mince, blanche de préférence, sans poils, rides ou vergetures, toujours sexuellement disponible. Ces standards nous sont assénés quotidiennement, à grands coups de publicités sexistes explicitement inspirées de l'univers pornographique violent : les pitounes passives d'American Apparel, le Camp Bud et les « cruches » de Daigneau n'ont été que quelques exemples de ce renforcement du stéréotype de l'homme aux pulsions insatiables et de la femme comme objet de satisfaction.

Les vingt ans de la tuerie de Polytechnique ont été l'occasion de rappeler que cette violence machiste existe toujours. En 2008, les maisons d'hébergement ont traité en moyenne, chaque jour de l'année, près de 240 demandes d'aide. En deux décennies, et malgré quelques mesures étatiques, rien n'a radicalement changé, hormis peut-être la montée d'un courant masculiniste, ces réactionnaires nostalgiques du temps de la domination masculine absolue.

Nous aurions tort de croire que ces situations sont isolées les unes des autres. Elles sont toutes interreliées et constituent quelques pierres dans la fondation d'un même système d'oppression des hommes sur les femmes : le patriarcat. Il n'en tient qu'à nous de questionner nos pratiques, de dénoncer toute situation sexiste et de lutter pour nous débarrasser de cet héritage d'inégalités.

Féministes? Tant qu'il le faudra.