Perspective libertaire : On le sait bien …

Le président de la chambre de commerce du Saguenay a affirmé que le boycott des concessionnaires en lock-out nous ramenait dans les années 70. Autrement dit, que la combativité et la solidarité du mouvement ouvrier et la lutte des classes appartiendraient à un passé révolu depuis des décennies. Les médias, l’idéologie capitaliste dominante et la classe politique disent pareil. Nous, le monde ordinaire, ne voyons pas la même chose!

Il est évident que la solidarité patronale a le vent dans les voiles avec les lock-outs que la région cumule. Les lock-outs sont la contre-offensive patronale au droit de grève pour dicter les conditions de travail. Suivant la tendance, l’État-patron multiplie de son côté les lois spéciales pour casser les grèves. Le système judiciaire n’est pas neutre non plus. Dans le présent conflit, le nombre d’injonctions que les patrons des concessionnaires ont obtenu est complètement ridicule. Il faut le dire, faire interdire des abris de piquetage et limiter à 5 le nombre de piqueteurs et piqueteuses : c’est de l’humiliation. Plus d’une cinquantaine d’outrages au tribunal plus tard, nous devrions naïvement croire que les patrons ne sont pas organisés ; que ce serait de l’avarice que les employé-e-s défendent leurs intérêts?

Au-delà de la provocation, du mépris, des menaces et de la police, il y a l’argent et tout un système basé sur l’exploitation. Pour hausser les profits, la Corporation des concessionnaires de la région avait préparé ce lock-out depuis plus d’un an. Les concessionnaires de la région et de la corporation provinciale ont cotisé à un fonds pour le financer. Les cadres, allié-e-s des patrons, se sont servis des avis disciplinaires pour affaiblir les syndiqué-e-s sur le terrain juridique et poursuivre la production de profits en plein lock-out.

Si le patronat et ses larbins voient d’un mauvais œil la moindre revendication des travailleurs et travailleuses, c’est qu’il est conscient de la nécessité de maintenir un rapport de domination pour préserver sa position de privilège dans la société. Les menaces de fermeture, malgré les hausses de profits, ne sont guère nouvelles. Il y a pourtant longtemps que l’on n’a pas vu la classe travailleuse aussi affaiblie dans le bras de fer qui l’oppose aux patrons. Il faut cesser de se faire berner. Il faut être fou pour croire que le capitalisme est un horizon indépassable ; que c’est le moins pire des systèmes. Il faut être fou pour croire que l’action illégale (lignes de piquetage dures, occupations, manifestations spontanées,…), base véritable des premiers syndicats ouvriers, n’est plus utile à des employé-e-s conscients et conscientes de leurs intérêts communs. Seule la lutte paie!