La hausse des frais, on ne l'avalera pas!

Le gouvernement libéral a annoncé une hausse colossale des frais de scolarité. Que l'on en juge : 325$ par an jusqu’en 2017, soit une augmentation de 75% en cinq ans. À ceux et celles qui pensaient encore, naïvement, que l'accès aux études était un droit, la bande de parasites qui nous « représentent » vient de rappeler une évidence : le savoir, ça se paye. Et tant pis pour les enfants des classes populaires. Si elle n'est pas vaincue, la présente hausse ne fera, finalement, que renforcer la reproduction des classes sociales et des relations de domination qui vont avec.

Ainsi, la lutte étudiante qui s'amorce ne représente pas qu'un simple débat comptable sur le financement de l'éducation. Il s'agit carrément de bloquer le projet de société néo-libéral et son ambition d'enterrer nos aspirations à la liberté et à l'égalité.  C'est en prenant conscience de cela que les étudiants et étudiantes feront de ce qui vient non pas un simple épisode du mouvement étudiant, mais un réel moment d'histoire.

Comment lutter, comment vaincre?

On peut tout de suite prévoir que le gouvernement mobilisera tous ses effectifs idéologiques pour discréditer le mouvement. À grands coups de conférences de presse, de colonnes d'opinions et d'interventions radiophoniques, le mouvement sera ridiculisé, dénoncé, pointé du doigt à chaque occasion. Plus le mouvement aura du poids, et plus il sera attaqué par les idéologues de droite qui tenteront par tous les moyens de nous faire penser qu'il n'y a pas d'alternatives!

Cela dit, il nous semble pertinent d'évoquer quelques idées qui, nous pensons, seront utiles pour faire face à la cacophonie conservatrice.

En premier lieu, la construction d'une solidarité directe entre le mouvement étudiant et les autres mouvements qui se battent pour la justice sociale nous semble essentielle. Bien sûr, les dirigeants et dirigeantes de syndicats, les chef-fe-s de mouvements populaires ou bien de partis peuvent bien déclarer aux médias leur appui au mouvement, mais il ne s'agit pas de cela. Il s'agit d'impliquer dans l'action et la réflexion la base de tous ces mouvements afin qu'ils et elles puissent prendre conscience des intérêts communs partagés.

Ensuite, pour gagner la bataille, le mouvement devra s'appuyer sur les assemblées générales étudiantes comme celles qui ont décidé de se mettre en grève aujourd'hui. Cette tradition de démocratie directe dans nos universités et cégeps doit à tout prix être défendue et développée, sans quoi la lutte est vite réduite, dans les faits, à une affaire exclusive de représentants ou de représentantes, de porte-paroles et de spécialistes. L'expérience nous démontre bien que le changement social radical, et donc durable, n'émerge réellement que là où la notion de pouvoir collectif est prise au sérieux.

N'oublions pas non plus que l'État ne nous fera pas de cadeaux. Les manifestations, comme celle d'aujourd'hui, servent notamment à faire connaître notre lutte, mais elles ne seront pas suffisantes. C'est une réelle pression qui pourra faire pencher le rapport de force en notre faveur et ainsi forcer l'ennemi à reculer. L'ennemi en question, c'est l'État et l'ensemble de l'élite capitaliste, pour qui le profit et la croissance économique sont une obsession. Pour les faire fléchir, il faudra leur faire réaliser qu'il leur en coûtera plus cher de persister à faire passer leur hausse de frais que ce qu'ils espèrent, au bout du compte, retirer des poches des étudiants et étudiantes. Si ces crapules s'imaginent que nous ne pouvons pas freiner leur hausse, nous devrons leur montrer que nous pouvons paralyser leur économie.

Enfin, lutter, c'est aussi réfléchir. La lutte constitue, dans le contexte actuel, le meilleur moment et le meilleur véhicule pour apprendre les savoirs pratiques et théoriques qui sont à la base de l'éducation : les savoirs qui développent notre autonomie et notre sens critique, qui nous donnent les outils pour nommer, comprendre et agir sur les différentes sources d'oppression, dans le but de les éliminer.