6 décembre 2010 : Perturbons leur sommet!

Le 6 décembre, le gouvernement du Québec convoque une consultation bidon sur l’Éducation. La classe possédante et ses ami-e-s qui contrôlent l’appareil d’État veulent augmenter les frais de scolarité et brancher encore davantage les cégeps et universités sur les besoins de l’économie capitaliste. Non seulement étudier va-t-il nous coûter pas mal plus cher (faudra encore s’endetter!), mais en plus l’éducation dispensée visera surtout à mobiliser nos cerveaux pour engraisser le capital. Piller les poches des étudiantes et des étudiants, mais aussi enrégimenter leur intelligence pour aider les faiseurs d’argent : peut-on encore parler d’éducation devant pareille aliénation?

Les capitalistes et leurs laquais politiciens comme Lucien Bouchard aiment bien dire que l’éducation « est une priorité » du gouvernement. Pourquoi? De quelle éducation parle-t-on? Il faut revenir un peu en arrière : le système économique dans lequel nous vivons, le capitalisme, exploite depuis des siècles le travail manuel et physique des travailleurs et des travailleuses. Nouveauté : dans les dernières décennies, les capitalistes ont trouvé une nouvelle manière de faire de l’argent : la spéculation en bourse. C’est ce qu’on appelle « économie financière » ou « capital financier ».

Ce genre d’économie-casino roule en pariant sur la valeur qu’aura une chose dans le futur. Cela peut être une maison, mais cela peut aussi être la dette de la personne qui possède cette maison. Les banques se vendent mutuellement nos dettes en spéculant sur leur valeur future. C’est ce qui a mené tout droit à la dernière crise financière. On peut aussi spéculer avec la dette d’un étudiant ou d'une étudiante. On commence à voir l’intérêt d’augmenter les frais de scolarité et de nous endetter…

Mais cela a aussi un autre effet : quand on paie pour aller à l’école, on se comporte en client, et on a tendance à traiter la connaissance qu’on apprend comme un produit commercial, une marchandise. C’est exactement ce que les capitalistes veulent faire : non seulement faire de l’argent avec les dettes étudiantes, mais faire de l’argent avec les idées elles-mêmes.

Les idées peuvent elles aussi faire l’objet de spéculation en bourse. Mais pour cela, les corporations capitalistes doivent se les approprier au moyen de brevets de « propriété intellectuelle » et du secret industriel. Avant, la connaissance était vue comme un bien public à partager : aujourd’hui, on cherche à en limiter l’accès et à la rendre payante.

Les capitalistes veulent faire de l’argent en vendant des idées, mais développer des brevets en santé, technologie, gadgets et autres coûte cher. C’est pourquoi on veut sous-traiter la recherche-développement (R&D) aux écoles, transformées en laboratoire de recherche commercialisable. Les étudiant-es et les profs deviennent le cheap labour de l’entreprenariat intellectuel. C’est ce qu’on appelle « l’économie du savoir ». Pour relancer un capitalisme en crise, quoi de mieux que de miser sur l’exploitation du travail intellectuel, d’autant plus que les jobs productives ont toutes déjà été à peu près délocalisées au tiers-monde, où l’on exploite la main d’œuvre à moins de 2$ par jour.

En Occident, les corporations capitalistes misent sur les diplômé-e-s pour concevoir de nouvelles « innovations » vendables qui leur permettront de damer le pion à leurs concurrentes.

Quoi de mieux, dans ce cas-là, que de mettre les étudiantes, les étudiants et les universités en compétition pour les bourses, les budgets, les emplois?

Plutôt que d’éduquer et cultiver des gens pour les rendre autonomes et libres, capables de comprendre leur monde, de le changer ou d’en prendre soin, l’éducation capitaliste fait de l’école une caserne pour former les soldats de la guerre économique de tous contre tous qu’est le capitalisme globalisé. Nous ne sommes pas des robots, et l’éducation ne doit pas servir à produire des marchandises et technologies qui servent à nourrir le capital. Le 6 décembre, faisons savoir aux politiciens, aux politiciennes et aux capitalistes que nos vies valent mieux que d’être enrégimentées au service de l’entreprise et de l’argent : payons-leur une petite journée libre et gratuite sur les bancs d’école de la révolte.