« J'haïs les féministes! »

Réuni-e-s aujourd’hui pour nous opposer au dégel et pour revendiquer la gratuité scolaire, nous rappelons-nous du 6 décembre 1989? La tuerie de l'École polytechnique, qui avait emporté quatorze jeunes femmes pour la plupart étudiantes en génie, ramène dans nos esprits et nos cœurs le sens tout particulier que prend pour les femmes la notion « d'accès à l'éducation ». Vingt-et-un ans après cette date, la haine contre les féministes et les pionnières des secteurs non traditionnels demeure bien réelle. L'antiféminisme se porte bien et est soutenu par des hommes qui voudraient bien qu'on reste à la maison.

Trop souvent présentée sous un angle psychologisant du « tireur fou » ou du malade vivant des échecs répétés avec les femmes, la tuerie représentait pourtant bel et bien un acte de haine contre les femmes. En effet, l'auteur du sinistre geste avait hurlé « Vous êtes une gang de féministes. J'haïs les féministes », en plus d'avoir laissé une lettre où ses motivations clairement antiféministes étaient exposées. Or, les médias ont largement dépolitisé et détourné l'évènement de sa portée antiféministe en peignant le portrait d'un « homme en désarroi » ayant des problèmes liés à son identité masculine.

La commémoration de la tuerie de Polytechnique doit nous rappeler que la haine que peuvent susciter des femmes scolarisées reste d'actualité. Que l'œuvre de l'assassin du 6 décembre 1989 est à la fois une manifestation et un catalyseur de la montée des antiféminismes, dont certains chantres ont tenté de réhabiliter le tueur en le héroïsant. Que lorsqu'on parle d'accessibilité à l'éducation, nous, les femmes, outre une éducation publique et gratuite, rêvons d'un monde où toutes les possibilités nous serons ouvertes et où nous n'aurons plus à craindre de prendre la voie qui nous plaît par crainte de représailles, de haines, de préjugés, de stéréotypes.

P.S. Si le tueur n'est pas nommé, c'est que ce n'est pas de lui dont on veut se souvenir, mais bien d'elles :

Geneviève Bergeron, 21 ans
Hélène Colgan, 23 ans
Nathalie Croteau, 23 ans
Barbara Daigneault, 22 ans
Anne-Marie Edward, 20 ans
Maud Haviernick, 29 ans
Barbara Klueznick-Widajewicz, 31 ans
Maryse Laganière, 25 ans
Maryse Leclair, 23 ans
Anne-Marie Lemay, 27 ans
Sonia Pelletier, 28 ans
Michèle Richard, 21 ans
Annie Saint-Arneault, 23 ans
Annie Turcotte, 21 ans