Position de la NEFAC sur le syndicalisme et les luttes sur les lieux de travail

Adopté pour fin de discussion au neuvième congrès de la fédération, les 10 et 11 avril, 2004 à Baltimore, Maryland, version finale amendée et adoptée au douzième congrès de la fédération, les 4, 5 et 6 novembre 2005, à Sherbrooke, Québec.

1. Introduction

Comme anarchistes-communistes, nous voulons une réorganisation radicale des lieux de travail. Nous voulons des lieux de travail gérés directement par les travailleurs et les travailleuses, organiséEs d’une part en fédération de conseils ouvriers et d’autre part, en conseils de quartier. Nous voulons que la principale instance décisionnelle soit l’assemblée générale tenue à même le lieu de travail et le quartier. Nous voulons abolir le salariat, en finir avec l’aliénation et la division du travail, afin qu’une nouvelle société communiste libertaire puisse s’épanouir Pour en arriver à cette société, nous nous engageons dans une lutte contre les patrons, une lutte entre la classe des travailleurs et des travailleuses et celle des employeurEs; une lutte de classe qui prendra fin lorsque la société de classes elle-même sera détruite et que chacunE pourra jouir de la richesse que nous produisons comme travailleurs et travailleuses. Nous croyons que la lutte vers le communisme libertaire doit être menée par tous/toutes les exploitéEs. Nous considérons le lieu de travail et les syndicats comme un point essentiel d’agitation et de lutte. Les syndicats représentent à l’heure actuelle le plus grand regroupement organisé de travailleurs et de travailleuses. Pour cette raison, nous pensons que la participation des anarchistes dans les syndicats est essentielle. Les anarchistes doivent être impliquéEs dans les luttes sur les lieux de travail pour deux raisons : d’une part, parce que nous sommes des salariéEs et d’autre part, parce que nous sommes des révolutionnaires. En combattant les patronNEs aux côtés de nos collègues de travail, nous nous battons aussi contre la médiation de nos luttes.

Les communistes libertaires doivent s’organiser dans les rangs des syndicats en conservant leur praxis spécifique. Nous devons être actifs et actives dans cette lutte en tant que partisanNEs de la révolution sociale et en tant que travailleurs et travailleuses dans un combat collectif contre l’exploitation. Nous choisissons la participation plutôt que l’autorité et la solidarité au lieu de l’isolement. C’est par les luttes collectives que les gens se radicalisent et s’ouvrent aux idées anarchistes. Pour gagner la bataille des idées, nous proposons l’action directe, l’aide mutuelle et la démocratie directe dans nos syndicats et, à plus forte raison, au sein du mouvement ouvrier dans son ensemble. En bref, nous mettons de l’avant une praxis révolutionnaire anarchiste.

2. La lutte des classes

Tout au long du développement historique de cette société — du féodalisme jusqu’au système capitaliste actuel—, une division s’est reproduite entre ceux et celles qui produisent les biens et services et une minorité de possédantEs. Cette division a mené au développement de deux (principales) classes sociales aux intérêts antagonistes, entraînant une lutte continue entre elles.

La lutte des classes ne se limite pas au lieu de travail. Les conflits de classes se manifestent au quotidien, que ce soit à travers la lutte pour des logements décents, pour des programmes sociaux, pour l’accès à l’éducation, contre la brutalité policière ou les prisons. Elle se mène également sur le terrain culturel, tout particulièrement contre le racisme, le sexisme et les autres oppressions qui hiérarchisent et divisent les prolétaires. Il ne s’agit donc pas uniquement d’un combat pour de meilleurs salaires et de meilleures conditions de vies, mais d’une lutte quotidienne pour l’orientation de la société.

En tant qu’anarchistes-communistes, nous avons un intérêt stratégique particulier à intervenir dans les luttes sur les lieux de travail en raison de leur capacité à perturber directement les intérêts matériels de la classe capitaliste. Le capitalisme est, par-dessus tout, une relation sociale; mais c’est aussi un système économique avec de réelles faiblesses matérielles réparties à travers les différentes étapes de la production, de la communication à la distribution. Notre plus grande force comme travailleurs et travailleuses se trouve dans le refus collectif de notre travail. Une classe ouvrière organisée est une force qui a le potentiel de mettre fin à ce système d’exploitation pour créer une société radicalement démocratique et autogérée.

Les travailleurs et les travailleuses qui produisent aujourd’hui la richesse dans le système capitaliste diffèrent de toutes les classes précédemment exploitées. Nous avons maintenant la capacité de créer assez de richesses pour combler les besoins fondamentaux (nourriture, logement, vêtement, éducation, soins de santé), en ayant encore du temps à dédier à la science, à la culture, aux loisirs, etc. De plus, et c’est primordial, notre vie quotidienne en tant que travailleur et travailleuse nous prépare à autogérer la société.

3. Bureaucratie syndicale et réformisme

Malgré certaines exceptions, il nous semble que le mouvement syndical, tel qu’il se présente actuellement en Amérique du Nord, se construit sur la base du compromis et de la collaboration aux rouages de l’exploitation capitaliste. Ce mouvement sert plus souvent qu’autrement de courroie de transmission entre les travailleurs et travailleuses et les patronNEs, en jouant le rôle d’organisation corporatiste qui négocie la vente de notre force de travail aux patronNEs, en échange d’avantages matériels pour les salariéEs : sécurité d’emploi, assurances collectives, meilleurs salaires. En définitive, le mouvement syndical actuel, plutôt que de chercher à mettre un terme à l’exploitation capitaliste, n’envisage que les moyens de la rendre plus acceptable.

Au fil des ans, le mouvement syndical n’a pas réussi à développer un réel rapport de force face au patronat. Les syndicats sont littéralement devenus des institutions hiérarchisées, intégrées aux structures sociales de l’économie capitaliste. Les bureaucrates qui gèrent ces organisations cherchent à contenir les luttes des travailleurs et des travailleuses dans le cadre de la conciliation avec le patronat et la classe politique. S’il existe des variantes entre les différents syndicats (certains étant plus démocratiques et militants que d’autres), la majorité d‘entre eux sont dominés par une hiérarchie de permanentEs qui contrôlent la négociation avec les patronNEs, le traitement des griefs et qui, de cette manière, engagent le syndicat dans un rapport clientéliste avec les membres à la base, envers qui il n’est plus redevable. Ce cercle vicieux bureaucratique, ainsi que des années de législation du travail coercitive, ont transformé les syndicats en de véritables freins au pouvoir des travailleurs et des travailleuses en Amérique du nord, au lieu de véhiculer efficacement la lutte des classes.

Il est important de comprendre comment a émergé cette bureaucratie syndicale. Des vagues successives de luttes syndicales, impliquant souvent des tactiques militantes telles que des grèves sauvages et des occupations, ont conduit le patronat et l’État capitaliste à une retraite stratégique. Chemin faisant, ces combats ont permis la conquête de nouveaux droits d’association pour les travailleurs et les travailleuses. Ainsi, un processus limité et inégal de conciliation a pris le relais de la guerre de classes ouverte. Cette trêve a réglementé et compartimenté les conflits de travail pour les maintenir en dessous d’un niveau critique pour les capitalistes. Une nouvelle couche de bureaucrates syndicaux s’est développée pour exécuter cette tâche. Ces bureaucrates ont modéré les membres en leur octroyant des avantages issus de conventions collectives policées, assurant simultanément la stabilité de la maind’oeuvre et un environnement propice à l’accumulation des richesses. Si des explosions de colère sont parfois tolérées, les directions syndicales sont chargées d’assurer l’application des conventions collectives et de maintenir l’ordre dans les rangs. La bureaucratie syndicale a donc développé des structures centralisées, des méthodes de contrôle et une direction justifiant son rôle et sa fonction.

Au-delà de la bureaucratie et des hiérarchies internes, la majorité des syndicats officiellement reconnus par l’État ne peuvent agir à l’extérieur des lois encadrant les relations de travail. Par conséquent, les organisations syndicales sont à toute fin pratique incapables d’entreprendre des actions efficaces contre les employeurEs. Cela signifie que les syndicats soutiennent presque exclusivement les actions les plus modérées et qu’ils sont typiquement peu enclin à supporter même cela. Vraisemblablement, les sections locales des syndicats qui adoptent des positions plus indépendantes et militantes contre les employeurEs vont s’opposer à la bureaucratie pour organiser des actions plus efficaces. Dans les pires cas, quand des syndicats de l’AFL-CIO ou de la FTQ estiment que des sections locales sont trop militantes, les structures nationales ou internationales peuvent dicter la marche à suivre, mettre des sections syndicales en tutelle et en remplacer les éluEs locaux par des bureaucrates sans attaches locale pour reprendre le contrôle de la situation.

Les anarchistes qui militent sur leur lieu de travail doivent devenir des opposantEs résoluEs des bureaucraties syndicales, refusant les compromis avec les patronNEs et défiant directement ceux et celles qui font la promotion de la collaboration. Il est nécessaire de construire un mouvement de lutte qui comprenne bien comment cette emprise bureaucratique étouffe l’autonomie de la base, et qui, par conséquent, se donne comme mandat de lutter contre l’emprise des patronNEs, mais également contre celle des bureaucrates syndicaux.

Comme les syndicats ne se construisent pas actuellement sur la base de stratégies visant à renverser le capitalisme — ou même à lutter efficacement contre les employeurEs —, un mouvement de travailleurs et de travailleuses capable de transformer radicalement la société doit s’organiser indépendamment des hiérarchies syndicales, à l’intérieur comme à l’extérieur des syndicats. Par le fait même, si les travailleurs et les travailleuses développent des modes d’action plus militants et une plus grande solidarité, l’autonomie des luttes devient à son tour une possibilité très concrète.

Les tendances autonomes à l’intérieur des syndicats existants, conjuguées aux groupes de résistance sur les lieux de travail, aux réseaux de solidarité (comité de mobilisation (flying squad), centres du travail, unité syndicale/étudiante, etc.) et, ultimement, aux assemblées générales sur les lieux de travail et aux comités de coordination s’y rattachant, sont des exemples permettant de donner un aperçu de ce qu’un mouvement ouvrier autogéré doit construire, afin de combattre efficacement les employeurEs et développer l’unité et la conscience de classe nécessaire au renversement de l’ordre social capitaliste. C’est donc dans cette perspective que les membres de la NEFAC cherchent activement à s’impliquer sur leur lieu de travail.

4. Les divisions au sein de notre classe

Nous reconnaissons que de nombreux travailleurs et de nombreuses travailleuses doivent affronter quotidiennement différentes formes d’exclusion liées au capitalisme, en raison de divers types de discrimination, comme le racisme et le sexisme. Ces formes de division sont alimentées par les rouages de l’isolement qu’engendre le capitalisme entre les exploitéEs, en plus de renforcer les attitudes réactionnaires qu’ils et elles nourrissent les unEs envers les autres.

Nous devons reconnaître l’existence de profondes divisions au sein du monde du travail entre les personnes de différentes langues, de différentes races ou origines ethniques. Ces divisions alimentent les attitudes racistes, xénophobes et réactionnaires entre les travailleurs et les travailleuses. Nous devons lutter contre ces divisions en agissant de façon autonome et en construisant des alliances internationalistes et antiracistes. Par l’organisation de classe dans les lieux de travail, les travailleurs et les travailleuses peuvent développer des stratégies pour briser les divisions racistes et xénophobes, à l’intérieur comme à l’extérieur du lieu de travail, démontrant ainsi que le racisme est une construction sociale qui sert à maintenir le pouvoir de la classe dominante (diviser pour mieux régner). En rendant possible une lutte de classe internationaliste et antiraciste, nous formons une alternative sociale permettant à des travailleurs et des travailleuses de différentes origines de se rencontrer et d’apprendre les unEs des autres.

Tout en défendant les sans-papiers contre les assauts capitalistes et l’exploitation de leur statut légal, nous devons construire des liens de solidarité entre salariéEs «citoyenNEs» et «sans-papiers» pour contrer les attitudes racistes et xénophobes entre travailleurs et travailleuses. Notre meilleure arme contre les attitudes racistes et xénophobes, c’est de nous organiser sur la base de revendications et de buts communs, pour faire en sorte que les capitalistes ne puissent tirer avantage du statut des immigrantEs, ce qui a pour effet de diminuer les salaires et les conditions de travail de l’ensemble de notre classe. En organisant la défense des travailleurs immigrants et des travailleuses immigrantes, nous mettons en lumière la relation entre l’organisation capitaliste et la présence de frontières nationales (qui servent les intérêts de la classe capitaliste et non ceux de différents secteurs de la main-d’oeuvre issus de frontières géographiques artificielles). Par le fait même, nous affaiblissons le contrôle de l’État sur les distinctions nationales et ethniques.

Nous devons également reconnaître l’oppression spécifique que subissent les femmes à la fois par le capitalisme et la patriarcat. Bien avant l’industrialisation - et longtemps après - la place assignée aux femmes était celle de la « reine au foyer », place désignée comme étant leur vocation première et naturelle. Ainsi, lors de l’entrée massive des femmes sur le marché du travail, une contestation s’est déployée de toutes parts, tant du côté clérical que du côté syndical, prétextant que le travail féminin allait contre l’ordre naturel des choses. Mais puisque la société ne pouvait se passer du travail des femmes, indispensable au développement du capitalisme et surtout à la survie des familles ouvrières, on verra toute une série de réglementations orienter le travail des femmes vers des occupations convenant le mieux à leur « nature ». Ceci entraîna la création de larges ghettos d’emplois féminins dans lesquels la qualification professionnelle des femmes n’était pas reconnue puisque « naturelle ». Comme le travail des femmes n’était pas reconnu comme étant le fruit d’apprentissages et d’aptitudes spécialisées, mais plutôt comme faisant partie de leurs qualités innées, il ne méritait donc pas de rémunération particulière. C’est pourquoi les emplois féminins demeurent jusqu’à ce jour moins bien payés et non-valorisés. La réalité de la double journée de travail - le travail domestique des femmes comme capital reproductif associé à leur travail salarié sous-payé - force les femmes à rester à la maison dans la sphère privée et contribue à leur isolement. Nous devons donc lutter contre les inégalités économiques et sociales que vivent les femmes dans la société comme sur le lieu de travail en combattant la discrimination salariale envers les femmes et le faible taux de syndicalisation des emplois féminins, de leur précarité et de leurs mauvaises conditions de travail. La solidarité du mouvement ouvrier doit s’étendre à toutes les travailleuses et tous les travailleurs, peu importe si leur travail est reconnu, rémunéré, légal ou non. Nous devons aussi appuyer et défendre les femmes qui s’organisent sur la base de leurs conditions matérielles et défendre de façon combative les acquis de notre classe qui profitent autant aux femmes qu’aux hommes.

Nous ne croyons pas qu’en abolissant le capitalisme, le racisme et les attitudes patriarcales disparaîtront au sein de la classe ouvrière du jour au lendemain. La lutte des classes est aussi un combat contre toutes les formes d’oppression. Le système de classes doit donc tomber par une révolution ouvrière de masse qui permettra de dépasser les genres et de briser les divisions raciales. En luttant contre ces formes de discrimination à l’intérieur du lieu de travail, en appuyant et en encourageant l’organisation autonome de tous les groupes opprimés dans toutes les sphères de la société, nous nous donnons les moyens d’affronter d’un même souffle l’exploitation capitaliste et l’oppression sociale dans un combat collectif, une lutte de classe pour la libération de tous les travailleurs et de toutes les travailleuses. Par l’action à la base, nous devons nous organiser contre ces divisions en initiant des campagnes et des organisations ouvrières qui soient antiracistes, pro-immigrantEs et antisexistes. En agissant pour défendre les secteurs marginalisés de notre classe et en leur laissant un rôle de leadership interne dans les luttes, nous contribuons à la création de stratégies organisationnelles de classe féministes, internationalistes et antiracistes tendant vers un mouvement de classe plus global.

5. L’autonomie ouvrière

Si la société dans son ensemble est fondée sur un réseau de travail coopératif interdépendant, ce réseau de coopération doit constituer le point de départ d’une vaste opération de libération des liens de coercition, d’autoritarisme et d’exploitation qui pèsent sur lui. C’est dans ces relations de travail coopératif, qui sont la prémisse d’innombrables actions quotidiennes, que l’on trouve le fondement véritable de la vie sociale. Sans ces réseaux, souvent non reconnus et non payés, la société s’effondrerait.

Pour que les luttes menées par les travailleurs et les travailleuses préparent l’avènement du communisme libertaire, elles doivent porter en elles les bases sociales d’une réorganisation de la production, tel que l’exige le passage d’une économie capitaliste à une économie libertaire et communiste.

Ces bases sociales impliquent que les luttes des travailleuses et des travailleurs doivent être menées dans les lieux de travail et étendues non seulement aux autres lieux de travail, mais aussi en dehors de ceux-ci, c’est-à-dire dans les communautés dans lesquelles ils sont localisés. À l’occasion, ces luttes prennent forme à travers des groupes de travailleurs et de travailleuses qui agissent en opposition et à l’extérieur des cadres établis par la classe exploitante et la bureaucratie syndicale. Par le passé, ces groupes ont pris des formes diverses, comme des comités de travailleurs et de travailleuses, des comités de mobilisation (flying squads), des groupes de résistance, des comités d’action, etc. À d’autres moments, ces formes de lutte se sont exprimées à travers des actions collectives et spontanées, comme des sit-in, des occupations, des ralentissements de production, du sabotage et des grèves sauvages, émergeant de réseaux informels existant entre les travailleurs et travailleuses.

Ce qui importe, ce n’est pas le nom ou même la forme organisationnelle spécifique que prennent ces luttes, mais plutôt comment la lutte de classes intransigeante qui émerge de ces groupes peut conduire à la transformation de l’organisation de la production.

6. Alliance communauté-travail

Nous devons construire activement des ponts entre les luttes de base dans les quartiers et celles menées sur les lieux du travail afin de développer l’alliance entre le travail et la communauté. Ces alliances se construisent par le renforcement mutuel des luttes ayant cours de part et d’autre. C’est pour cette raison que la NEFAC incite les travailleurs et les travailleuses et les militantEs des groupes populaires à se soutenir les unEs les autres, à construire des liens de solidarité et en finir avec la division artificielle entre les luttes du travail et les luttes populaires.

7. Les institutions alternatives

Par le passé, le mouvement ouvrier a mis beaucoup d’efforts pour construire des institutions alternatives permanentes. Toute une série d’initiatives solidaires ont ainsi été développées dès l’origine du mouvement ouvrier. Bien avant la monopolisation des services sociaux par le gouvernement, de nombreuses organisations ouvrières ont créé des réseaux de coopératives en tous genre : écoles, garderies, camps d’été pour enfants et adultes, maisons pour les aînéEs, centre de santé, maison de la culture, mutuelle d’assurance, éducation technique, logement, caisses d’économie, etc. Tout en reconnaissant que les travailleurs et les travailleuses ont remporté des victoires significatives par le passé en forçant le gouvernement à offrir certains de ces services, nous luttons activement pour leur autogestion, sous le contrôle direct des travailleurs et les travailleuses.

Bien que la création d’institutions alternatives ne constitue pas en soi une stratégie révolutionnaire et que ces institutions ont parfois été absorbées par le système capitaliste, nous sommes en faveur du développement de services gérés directement par les travailleurs et les travailleuses se basant sur les besoins exprimés par la classe ouvrière, avec la participation des communautés qui bénéficient de ces services. Nous croyons que de tels projets permettent l’éclosion d’expériences autogestionnaires, même si leur rayonnement est inévitablement entravé par le système capitaliste.

8. Les centres de travailleurs et de travailleuses

De nos jours, le développement de centres de travailleurs et de travailleuses (worker’s center) peut servir de point d’ancrage pour construire l’alliance communauté-travail et faire le lien avec les institutions alternatives dont nous parlions précédemment. Ces centres fournissent un espace et un support organisationnel pour des campagnes visant à défendre les droits des travailleurs et travailleuses précaires. comme les immigrantEs, celles et ceux travaillant dans les PME ou dans les secteurs industriels non syndiqués. La NEFAC appuie le travail des centres de travailleurs et de travailleuses. Le militantisme qui en découle s’inscrit dans notre stratégie «extra » syndicale.

9. Syndicalisme de base et syndicalisme industriel

Nous appuyons le syndicalisme industriel plutôt que l’organisation syndicale sectorielle ou par métier. Le syndicalisme industriel vise à regrouper l’ensemble des travailleurs et des travailleuses d’un lieu de travail dans un syndicat commun. Le syndicalisme de métier - qui fait en sorte de compartimenter chaque profession par des syndicats différents - affaiblit l’identité et la solidarité de classe.

Dans le but de créer un mouvement ouvrier sur des bases de classe, la NEFAC appuie l’objectif d’un éventuel One Big Union1, qui incorporerait l’ensemble des travailleurs et des travailleuses peu importe leurs habilités, leur métier ou l’industrie dans laquelle ils et elles travaillent, allant jusqu’à inclure en son sein les sans-emplois.

10. La grève générale

L’appel à la grève générale est au coeur de notre programme. Elle sert de pont entre les demandes de réformes et notre but ultime, la révolution sociale. La vieille méthode voulant que chaque syndicat se batte seul pour obtenir ses propres gains en faisant seul la grève contre son employeurE, s’avère plutôt inutile. Les capitalistes s’entraident contre les syndicats. Les compagnies ont développé leurs tentacules à coups de fusions et d’expansions, tant à l’échelle nationale qu’internationale. Une compagnie multinationale peut utiliser les profits d’une partie de son empire pour compenser les pertes dues à une grève dans une autre partie. N’oublions pas que le patronat a son propre « syndicat », qui s’incarne notamment à travers l’État-nation. Grâce à l’intervention de l’État, les patronNEs ont réussi à rendre illégales les méthodes de lutte les plus efficaces, comme les lignes de piquetage de masse, les grèves sur le tas (occupations d’usine) et les grèves de solidarité. La bourgeoisie a donné aux tribunaux le droit de limiter les grèves, et dans certains secteurs, de les interdire tout simplement.

La réponse à ces attaques passe par la solidarité inter-syndicale, de même qu’entre les syndicats et la communauté. Plus les travailleurs et les travailleuses seront prêtEs à faire la grève ensemble, plus nous serons en mesure d’arrêter la production et de gagner la lutte. Ce qui peut être fait dans une ville, peut l’être à travers un pays, plusieurs pays ou même le monde entier. Imaginez la force collective qu’une telle grève peut représenter.

Lors du déclenchement d’une grève générale, les travailleurs et les travailleuses devront occuper les usines, les bureaux et tous les autres lieux de travail au lieu de les abandonner. En procédant ainsi, les capitalistes auront beaucoup plus de mal à utiliser des scabs ou à attaquer les grévistes (étant donné que de telles attaques pourraient détruire leur propriété). En mettant leurs patronNEs à la porte, les travailleurs et les travailleuses seront en mesure de reprendre l’entreprise et de produire Il y a eu des grèves générales dans plusieurs pays à différentes époques : dans les Amériques, en Europe, en Asie, en Afrique et en Australie. Si la plupart de ces grèves ont permis de remporter des gains limités, une grève générale pose également la possibilité d’une révolution, surtout si elle s’étend à plusieurs villes ou à toute une région. Quand les travailleurs et les travailleuses gèrent la ville ou la région, même pour un temps, lorsque les conseils ouvriers remplacent l’État, que les travailleurs et les travailleuses patrouillent la ville au lieu de la police et que les lieux de travail produisent afin de répondre aux besoins des travailleurs et des travailleuses, cela suggère une forme de société différente. En définitive : pourquoi ne nous débarrassons-nous pas de l’État et du capitalisme?

Au cours des dernières années, les travailleurs et des travailleuses ont subi nombreuses défaites que leurs rares victoires ne parviennent pas à faire oublier. Ils et elles n’ont pas confiance en leur propre pouvoir. Plus que tous les discours radicaux, c’est d’une grève générale réussie dont nous avons besoin afin de démontrer en pratique que nous avons le pouvoir de changer le monde.

11. Révolution

Tout mouvement populaire luttant pour établir un pouvoir ouvrier doit être prêt à se défendre. Bien sûr, la classe ouvrière a déjà une source de pouvoir. Elle a l’habilité d’arrêter l’économie et de la faire renaître sur d’autres bases. Par contre, ce pouvoir n’est pas suffisant pour résister au règne persistant de la terreur physique de l’État. Les travailleurs et les travailleuses doivent être en mesure de résister les armes à la main. Les brigades de défense ouvrières doivent passer du stade de la défense des lignes de piquetage contre les scabs et les fiers à bras pour passer à celui de milices populaires. La défense armée doit être jumelée à un appel à la solidarité lancé aux militaires envoyéEs contre les travailleurs et les travailleuses. La plupart des soldatEs proviennent de la classe ouvrière et peuvent être influencéEs par des positions politiques révolutionnaires. Ils et elles sont encore plus susceptibles d’être convaincuEs d’abandonner leur poste si on peut clairement voir que les travailleurs et les travailleuses se battront jusqu’au bout. C’est un acte assez sérieux que de défier les ordres militaires et les soldatEs ne le feront que s’ils et elles ont la certitude de s’en sortir en bout de ligne. Plus la classe ouvrière sera préparée sérieusement à l’autodéfense, moins les chances de se retrouver dans une situation violente seront fortes. Par le passé, les révolutions violentes n’ont abouti qu’à la création construisons un mouvement pour l’autogestion de la classe ouvrière, où le peuple en arme est organisé démocratiquement, où l’économie de type communiste est basée sur la maxime: « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ». Nous désirons détruire l’État, démanteler le capitalisme et toutes les institutions autoritaires pour créer une liberté durable, un monde communiste libertaire.

Nous voulons une révolution sociale qui permettra à toutes celles et ceux à la base de la société de « renverser » leurs maîtres pour gérer eux et elles-mêmes leurs affaires. Si cette société veut survivre, les travailleurs et les travailleuses doivent remplacer le capitalisme par une fédération d’industries et de communautés autogérées où la production sera basée sur la réalisation des besoins de l’humanité et non sur l’accumulation de profits.

Sous le capitalisme, les travailleurs et les travailleuses sont l’une des composantes de la production de plus-value qui est volée de notre travail et accumulée par les capitalistes. Dans une société communiste libertaire, la production sera organisée sur la base des besoins exprimés, sans qu’il y ait de plus-value. Cette production communiste libertaire ne peut être réalisée que par la coopération de l’ensemble de la communauté. Il ne peut exister de lieu de travail communiste libertaire isolé du reste de la société. Si nous voulons réorganiser la production, nous devrons également réorganiser la société sur de nouvelles bases. Tel est le sens de notre action.

  • 1. One Big Union (OBU) : projet syndicaliste révolutionnaire pour la construction d’un grand syndicat regroupant l’ensemble des travailleurs et des travailleuses.