Déjà plus d'un an que chaque semaine apporte son lot d'informations concernant un nouveau morceau du puzzle de la corruption au Québec. S'il y a un sujet qui aurait pu nous faire écrire des pages et des pages, c'est bien cette série de « scandales ». Nous avons pourtant choisi de ne pas nous scandaliser. Pour nous, anarchistes, la corruption n'est rien de plus que la somme de l'addition de l'argent et du pouvoir. Bref, tout ce qu'il y a de plus normal dans nos démocraties libérales.
On sait déjà comment les politiciens et les politiciennes, des ministères aux conseils municipaux, nous mentent et déforment la réalité pour se faire élire, qu'ils et elles utilisent tous les moyens à leur disposition pour se hisser au pouvoir. Pourquoi s'étonner lorsque leurs tromperies se poursuivent après leur élection?
D'ailleurs, on peut bien appeler ça comme on veut – copinage, clientélisme, retour d'ascenseur – et faire comme si c'était une pratique importée d'un pays exotique au nom imprononçable; c'est en réalité la norme dans ce système. Le parcours politicien amène immanquablement à passer par la chambre de commerces, des conseils d'administration et des associations professionnelles, afin de se constituer un fond de contacts pour s'aider et de récolter du financement. Une fois au pouvoir, l'élu-e retourne le service à ses ami-e-s : distribution de contrats, de faveurs, adoption de lois complaisantes pour ses chums, nomination de complices à des postes-clefs. Il ou elle revient ensuite au monde de l'entreprise ou de l'association patronale et continue à graisser la mécanique du capitalisme et de l'accumulation des richesses au profit d'une minorité.
Il y a aussi les invisibles, ceux et celles qui assistent, qui conseillent, qui tirent les ficelles : cette armée de l'ombre de stratèges, de relationnistes et de marionnettistes de la mascarade démocratique. Plus souvent qu'autrement, ils et elles passent sans formalité de l'entreprise capitaliste au service de l'État, et vice versa. Doit-on se surprendre de cette relation incestueuse?
La corruption est inséparable du pouvoir : un processus simple qui se développe encore et toujours, peu importe le parti, peu importent les grandes déclarations, les grands discours sur l'éthique et les commissions d'enquêtes… Parce que l'État c'est le vol et la corruption, parce que l'État c'est l'organisation en système du pillage et de l'exploitation, parce que l'État c'est la forme légalisée du crime.
Texte tiré de Cause Commune no. 30
