Electrolux et le labor made cheap

Le 14 décembre 2010, les quelque 1300 employé‑e‑s d’Electrolux reçoivent leur cadeau de Noël : ils et elles perdront leur emploi progressivement jusqu’à la fermeture complète de l’usine en 2013. C’est ce qu’on appelle une belle patate dans un bas de Noël! La raison évoquée pour cette fermeture est une comptine familière : l’usine d’électroménagers n’est plus concurrentielle.

Mais concurrentielle pour qui? Car la manufacture, établie à l’Assomption depuis plus de 70 ans, était considérée comme rentable et productive de l’aveu même de sa direction. Le profit, cette carotte faisant office de moteur du capitalisme, ne manquait donc pas à l’appel. Quels motifs affreux pouvaient bien pousser les braves patrons et patronnes à mettre sous cadenas une entreprise répondant aux besoins du marché? La réponse est toute simple, et fut énoncée de façon presque désinvolte : l’usine n’est plus suffisamment rentable. Pourquoi en effet payer ses employé-e-s entre 18 et 20$ de l’heure, alors que d’autres accepteraient moins de 14$ de l’heure? La carotte est plus juteuse, et l’appétit de cochons de certaines personnes sera – du moins temporairement – satisfait.

Mais la berceuse que nous chantonnent les propriétaires de l'usine pour euphémiser l’événement a tout de même un mérite : celui de mettre en évidence qu’au royaume du capitalisme, les salarié-e-s les plus dociles sont rois et reines! Le bon vieil engrenage de ce système économique grince un peu, mais ses mécanismes tiennent bon : il suffit d’abord d’empêcher les ouvriers et ouvrières d’être en contrôle de leurs moyens de production, la propriété devant être concentrée entre les mains de quelques téméraires entrepreneurs et entrepreneuses. Une fois cette propriété privée établie, faites compétitionner entre elles différentes personnes pour un même emploi; celles qui acceptent les conditions les plus basses gagnent! Cette dynamique étrange, confortée par le médium du salariat, produit ce qu’il est convenu de nommer le cheap labor.

Cette expression ne permet toutefois de saisir que superficiellement les relations sociales de production. Il serait plus honnête, à l’instar de la féministe Cynthia Enloe, de parler de labor MADE cheap. Utiliser cette périphrase, c’est inciter les personnes curieuses à questionner « qui » rend le travail cheap, et par « quels moyens ». C’est présenter une relation de pouvoir pour ce qu’elle est : une exploitation.

Si les réponses à ces questions sont connues de la plupart, la marche à suivre pour remplacer le système capitaliste reste plus nébuleuse. Nous proposons la mise en commun des moyens de production aux mains des travailleurs et travailleuses afin qu’ils et elles en assument le plein contrôle. Cette forme de production autogérée supprime les inégalités structurelles et stimule l’entraide plutôt que la compétition. Ce mode de fonctionnement existe déjà : on le retrouve entre autres dans les coopératives de travail (cafés, écoles), les projets collectifs (Wikipédia, Koumbit) et une multitude d’organisations et d’initiatives locales (radios communautaires, jardins de quartier, librairies). Les usines autogérées existent également : elles ont dernièrement émergé en quantité en Argentine suite à la crise financière au tournant des années 2000. Les ouvriers et ouvrières ont alors récupéré plusieurs entreprises laissées à l’abandon par le patronat. Voilà un projet qui pourrait donner quelques pistes de réflexion et d’action à des camarades de l’Assomption...