Social-démocratie et gauche électorale : l’impossible rupture avec le capitalisme
Face à la crise économique, les États occidentaux se sont épris d’un élan de générosité envers les big boss de ce monde. En un tour de main, des milliards de dollars ont été injectés dans l’économie afin d’aider les capitalistes à relancer leur business. L’objectif de ces manœuvres : nous maintenir à l’état d’esclaves salarié-e-s et de consommateurs et de consommatrices dociles tout en poursuivant la destruction de l’environnement. Comble d’ironie, ce serait encore à la classe travailleuse et aux plus démuni-e-s de faire des concessions en voyant les dépenses gouvernementales coupées dans les services publics, et ce, au nom de la sacro-sainte relance de la croissance économique.
De la part des gouvernements de droite, que ce soit le Parti libéral du Québec, l’UMP de Sarkozy en France ou la coalition de Berlusconni en Italie, il n’y a pas de quoi s’étonner. Mais qu’en est-il des partis de gauche présentement au pouvoir ? Eh bien, certain-e-s seront surpris-e-s d’apprendre que le Parti socialiste ouvrier espagnol, la coalition autour des verts et du Parti social-démocrate allemand ou encore le PASOK (mouvement socialiste panhellénique) en Grèce, sont également venus au secours des capitalistes en appliquant des plans d’austérité économique. Dès lors, une question surgit : pourquoi la gauche au pouvoir se comporte-t-elle comme la droite ?
Certain-e-s répondent à cette question en affirmant qu’il s’agit d’une « trahison » des élites du parti qui serait elle-même un effet collatéral de la bureaucratisation de ces organisations politiques. Ce serait donc en changeant les leaders corrompus pour d’autres véritablement intègres que nous pourrions arriver à appliquer des solutions favorables à la classe travailleuse et aux plus démuni-e-s. Cette hypothèse, qui suggère que les dirigeant-e-s se soient coupé-e-s de la base militante et qu'il suffirait de les reconnecter au peuple pour qu'ils reprennent le droit chemin, ne résiste pas à une analyse matérialiste de la société capitaliste. Pour d’autres, ce serait une question de programme politique et de rapports de force entre les mouvements sociaux. Nous aurions besoin d’un parti doté d’un programme socialiste qui serait en mesure de « prendre le pouvoir » en comptant sur le soutien d’une vague de mobilisations populaires. Cette alliance des « urnes et de la rue » serait ensuite capable d’affronter la bourgeoisie afin de limiter les dégâts ou mieux encore de réaliser une transformation sociale majeure. L’histoire démontre toutefois que ça ne s’est jamais passé ainsi. À tous les coups, ces nouveaux gouvernements « en faveur des opprimé-e-s » se rangent finalement du côté de l’ordre établi. Certes, ils ont parfois arrachés quelques concessions au patronat, mais leur rôle historique a surtout été de collaborer de diverses manières avec les capitalistes et les forces réactionnaires.
L’État capitaliste
Les deux explications réformistes qui nous sont proposées ci-haut ne nous aident guère à comprendre un phénomène beaucoup plus profond que le simple rôle des partis politiques. En conséquence, il importe de souligner certains traits fondamentaux des États et des démocraties capitalistes. L’État moderne n’est pas né d’une réflexion sur la « meilleure façon de vivre ensemble ». Il s’agit d’une forme juridique constituée par l’accession au pouvoir des bourgeoisies nationales au 18e et au 19e siècle. En assoyant leur légitimité sur un système politique dit démocratique, la classe capitaliste a pu enchâsser au sein de règles de droit la domination qu’elle détenait déjà dans l’économie. Par-dessus tout, le droit à la propriété privée, fer de lance de toutes les constitutions capitalistes, a été placé au sommet des libertés individuelles.
C’est également en procédant de cette manière qu’elle a pu s’accaparer le recours à la répression étatique (police, armée, tribunaux) et consolider l’idéologie dominante nécessaire au contrôle de la population. En conséquence, le rôle de l’État moderne est, depuis sa naissance, de soutenir le capitalisme par tous les moyens nécessaires, et ce, peu importe le parti au pouvoir. C’est pourquoi la démocratie représentative, puisqu'elle s'insère dans cet appareil plutôt que de le contester, peut, au mieux, tenter de corriger certaines inégalités générées par un capitalisme qu'elle ne remet pas en question, et, au pire, devenir elle-même l'agent de répression envers les forces sociales qui, précisément, contestent la logique d'ensemble de ce système.
En somme, l'État n'est pas un « outil » qui se moule aux convictions de celui qui l'utilise: il est une institution historique au service des classes dominantes. Quelques centaines d'années de parlementarisme devraient nous avoir appris ce fait : peu importe leur rhétorique progressiste, conservatrice ou libérale, les gouvernements agissent systématiquement de manière à reproduire la domination de la classe possédante. Il ne s'agit donc pas de travailler à changer la tête du capitaine sous prétexte que le prochain sera « l'élu » du peuple, mais bien de s'attaquer aux rapports de domination et d'exploitation qui caractérisent la société marchande et qui font que, justement, les gens croient encore en la venue d'un « bon gouvernement » ou d'un « bon chef » qui améliorera leurs conditions de vie.
Rupture révolutionnaire ou austérité capitaliste
Pour les gouvernements sociaux-démocrates, un choix s’impose en temps de crise économique. Soit ils appliquent les mesures d’austérité économique demandées par les forces capitalistes, soit ils refusent de négocier et entament un processus de confrontation avec les dominants. Force est de constater qu’ils choisissent toujours la première option. C’est tout à fait logique. De la même manière qu'elle accepte les règles du jeu parlementaire, la social-démocratie accepte les règles de l'économie bourgeoise. Seules les solutions dites réalistes et sanctionnées par les institutions politiques et économiques dominantes sont à sa portée. Les solutions qui remettraient en cause l'accumulation du capital ou la croissance économique sont éliminées a priori.
Au 19e et au début du 20e siècle, plusieurs révolutionnaires ont cru bon de tenter la réalisation du socialisme par la voie parlementaire. À leur décharge, ils n’avaient pas le recul historique que nous avons à présent. Cent cinquante ans plus tard, il serait temps qu’on se fasse à l’idée qu’il n’y aura pas de « socialisme par les réformes ». Combien d’expériences ont porté à nu le vrai visage de l’État capitaliste ? Nos camarades tombé-e-s au combat ne voudraient certainement pas que nous répétions les erreurs du passé. C’est à nous, travailleurs et travailleuses, étudiants et étudiantes, chômeurs et chômeuses, exclu-e-s et révolté-e-s de tout acabit de se regrouper pour former une riposte sociale extra-parlementaire, combative dans ses moyens et révolutionnaires dans ses objectifs. Nous devons attaquer les capitalistes directement sur leur terrain. Et leur terrain, c’est avant tout celui de l’économie bourgeoise qui asservit quotidiennement notre classe.
