Encore des syndiquéEs qui exagèrent?*
Le 24 janvier 2009, Pierre Karl Péladeau, le grand patron de lʼempire Quebecor, refusait une fois de plus de négocier avec les travailleurs et les travailleuses du Journal de Montréal et leur donnait un lock-out comme seule réponse, témoignant de toute son arrogance.
Ce lock-out après plusieurs mois dʼincertitude sur la finalité du conflit entre le Syndicat des travailleurs de lʼinformation du Journal de Montréal (FNC-CSN) et lʼemployeur, plonge les 253 employéEs du Journal de Montréal dans la précarité et lʼincertitude quant à leur avenir professionnel. La direction qui réclame des diminutions de salaires et de conditions de travail ainsi quʼune augmentation de la semaine de travail se justifie en parlant des difficultés financières que le Journal de Montréal vit actuellement. Ce à quoi le syndicat répond que le journal a produit un profit de 20 millions lʼan passé pour un chiffre dʼaffaire de 200 millions.
La direction a donc réutilisé la même stratégie que celle utilisée lors du lock-out de 16 mois au Journal de Québec,
lʼun des autres journaux poubelles du groupe Quebecor, en utilisant les cadres et possiblement des scabs afin que
puisse continuer de se remplir dʼinsignifiances le Journal de Montréal. Les syndiquéEs ont tout de même tenu des
votes afin de rejeter les propositions patronales à 99,6% et dʼappuyer la grève générale illimitée à 99,4%. En
parallèle, ils et elles ont lancé un journal électronique, Rue Frontenac, et un appel au boycott populaire du Journal
de Montréal. Depuis, les appels à la solidarité se sont multipliés dans les médias et sur internet. En tant que travailleurs et travailleuses, étudiantEs, précaires et sans-emploi, nous ne pouvons que dénoncer la tactique odieuse de lʼemployeur pour jeter les syndiquéEs à la rue, ce en quoi nous sommes entièrement solidaires avec tous les travailleurs et toutes les travailleuses en lock- out du Journal de Montréal.
Le retour du balancier?
Là où nous ne sommes toutefois pas dupes, cʼest concernant les arguments avancés par leur syndicat pour dénoncer la direction. Leur président Raynald Leblanc déclarait dans un communiqué de la CSN: « Mais Pierre K. Péladeau et la direction de Quebecor Media, qui, par le geste insensé quʼils ont posé la nuit dernière, menacent la pérennité dʼune institution de lʼinformation au Québec, trouveront devant lui 253 personnes déterminées à sauvegarder les conditions qui assurent à la population une information de qualité. En agissant de la sorte, le PDG
de Quebecor a enterré plus de 45 ans de paix industrielle qui a permis à un empire de se constituer.»
Sans vouloir jouer les trouble-fêtes, il serait important de se questionner sur leur vision de ce quʼest une information de qualité, et en quoi ce journal est une institution de lʼinformation au Québec. Le journal avec le plus gros tirage au Québec, oui évidemment, mais qui dit quantité ne dit pas nécessairement qualité.
En tant que communistes et libertaires, nous luttons sans relâche contre lʼexploitation et lʼoppression sous toutes ses formes. Beaucoup dʼentre nous se sont impliquéEs solidairement dans différentes luttes de travailleurs et de travailleuses (dont lʼhôtellerie) et contre la précarisation. Plus souvent quʼautrement nous avons dû affronter la
répression policière et la désinformation journalistique. Le tabloïd du Journal de Montréal en fait malheureusement
partie. Plus souvent quʼà leur tour, les journalistes de lʼempire Quebecor ont sombré dans le journalisme de bas étage et dans les éditoriaux dʼune triste malhonnêteté pour nous dénoncer et nous discréditer.
Mais ce nʼest pas le seul lot des manifestantEs et militantEs que dʼêtre dénoncéEs dans les pages de ce journal. On peut se rappeler la campagne de salissage contre les «paresseux» de cols bleus, celles contre les «riches» éducatrices en garderie ou contre les étudiantEs en grève «qui se plaignent toujours pour rien». Est-ce que les lockoutésEs ont été solidaires? On se rappelle aussi de la campagne diffamatoire quʼils et elles ont initiée dans le
cadre des accommodements raisonnables. Si cʼest ça une institution de lʼinformation...
Que lʼensemble des lockoutéEs soient en accord ou non avec les journalistes qui ont mené ces campagnes, ils et
elles réclament néanmoins leur part du profit provenant de la vente de cette démagogie journalistique quʼils et elles ont cautionnée. De lʼargent amassé en crachant sur ceux et celles qui à ce moment auraient possiblement eu besoin de soutien et de solidarité plutôt que dʼarticles mensongers! Paradoxalement, beaucoup des gens qui les appuieront dans leur lutte et qui lisent leur journal font malheureusement partie des groupes sociaux contre lesquels ils et elles écrivent régulièrement: les travailleurs et les travailleuses en lutte, les précaires, les sans logis, les assistéEs sociaux, les jeunes, les étudiantEs, les immigrantEs et les syndiquéEs. Maintenant ils et elles ont lʼaudace ou lʼhumilité de demander à la population de les appuyer dans leur lutte afin de continuer à nous fournir de lʼinformation de qualité, selon leurs «critères». Nous en sommes un peu perplexes.
Nous savons que les 253 employéEs en lutte ne sont pas tous et toutes des idéologues populistes qui ne travaillent que pour vendre la ligne idéologique de leur patron, mais malheureusement ils et elles font partie de cet appareil qui sert à endormir et désinformer la masse. CertainEs de ces journalistes, autant que dans tous les médias, réussissent toutefois à être objectifs et honnêtes dans leur travail, mais ce nʼest pas le lot de tous et toutes. Par contre, utiliser lʼargument que cʼest la direction qui impose sa ligne éditoriale en permanence est selon nous, un prétexte fallacieux pour démontrer lʼabsence de rigueur journalistique de plus en plus flagrante dans les médias dʼinformation au Québec.
Nous souhaitons sincèrement que leur publication électronique ait la prétention journalistique de ressembler
à rue89, autant dans sa pertinence que dans son caractère dénonciateur des injustices, ce qui est plutôt rare pour un média de masse. Nous sommes solidaires de leur lutte contre leur employeur, mais nous devons toutefois témoigner de notre mépris envers leur journal et sa fonction idéologique. Paradoxalement aux propos de leur président syndical, les lockoutéEs ont dʼailleurs qualifié de médiocre leur propre journal sur leur nouveau média Rue Frontenac.
Leur lutte et la création dʼun nouveau média électronique est lʼoccasion de créer un journal qui permettrait aux autres
travailleurs et travailleuses en lutte, aux précaires et aux exploitéEs dʼavoir aussi une voix. Ils et elles pourraient pour une fois dénoncer lʼexploitation plutôt que dʼêtre les porte-voix des exploiteurs? Cet outil pourrait même demeurer une arme lorsque leur lutte se terminera? On peut en rêver, mais permettez nous dʼêtre sceptiques.
Nous ne pouvons fermer les yeux sur le bilan néfaste de leur journal, cʼest pourquoi notre solidarité ne sera que de principe à ce point-ci. En espérant que de les retrouver pour une fois du côté des précaires et des exploitéEs - alors que beaucoup leur seront solidaires - les fera réfléchir à leur fonction et au rôle social néfaste que joue leur journal.
Soyons solidaires de tous et toutes les précaires et des travailleurs et travailleuses en lutte, et boycottons lʼempire
Quebecor à jamais!
* Le titre de cet article est un petit clin dʼœil au style journalistique du journal.
