Des nouvelles de La Tuque, en crise...
À La Tuque, on ne sent plus seulement le froid polaire de lʼhiver et lʼodeur lourde de lʼusine de pâtes et papiers à deux pas du centre-ville. Les nouvelles de Smurfit-Stone, lʼentreprise américaine qui est propriétaire de lʼusine, semblent échauffer bien des esprits, et avec raison. Le 15 janvier dernier, le Wall Street Journal a annoncé que Smurfit-Stone, plus grand propriétaire de forêts privées au Québec, aurait engagé un service de faillite et se dirigerait sous la protection des tribunaux.1 Lʼarticle ayant eu un certain écho dans la ville, le président de la compagnie avait alors refusé de confirmer ou dʼinfirmer la nouvelle. Le 26 janvier, on apprenait de la bouche du chef de la direction que le recours à la loi de la faillite était bel et bien réel, et quʼil avait pour but de tenter une restructuration. Nécessaire aussi de noter que depuis 3 ans à la Smurfit-Stone de La Tuque, lʼeffectif de travailleurs et de travailleuses a chuté de 30%.
Cette usine de pâtes et papiers est le plus gros employeur en ville, employant à ce jour un peu moins de 500 employéEs. Cʼest aussi son principal moteur économique puisque beaucoup dʼentreprises et de commerces subsistent grâce à lʼusine et ses travailleurs/euses. Advenant une fermeture, les craintes sont grandes que ce pourrait être la fin annoncée de la ville haute-mauricienne. La chose aurait un effet domino, des millions de dollars sont impliqués et une centaine de fournisseurs locaux seraient affectés, explique Marc Rochette.2 Pour lʼinstant, les dirigeantEs locaux/ales prennent la menace dʼune fermeture avec beaucoup de légèreté, on sʼen doute, pour ne pas causer dʼaffolement dans la population et une possible rupture de la paix sociale. Ils et elles préfèrent nous lire leurs chapelets sur la diversification économique: une bien belle idée, mais les gens ne sont pas dupes sur les réelles possibilités de développement. Alors que beaucoup dʼemplois sont menacés, le personnel cadre a reçu son bonus annuel plus tôt que prévu cette année. Le taux de chômage est déjà élevé dans la ville (10% selon le recensement de 2006 de Statistique Canada) et, avec la crise du bois dʼoeuvre, les jeunes ont beaucoup de misère à se trouver un emploi stable en Haute-Mauricie.
En fin de semaine, jʼai entendu dʼun de mes amis là-bas que lʼarmée tenait un entraînement militaire «humanitaire» dans la ville, comme la radio locale lʼannonçait. Il a dʼailleurs vu un tank sur roue en marche dans la rue en face de chez lui. Il mʼa dit quʼune blague courrait dans la ville à lʼeffet quʼils (les militaires) seraient là au cas où des émeutes
éclataient à la suite dʼune annonce de fermeture de lʼusine ou dʼun licenciement massif. En fait, après vérification, jʼai découvert quʼil sʼagissait de 240 militaires du 12e Régiment blindé du Canada qui pratiquaient un exercice de simulation en préparation au Sommet du G8. On pouvait dʼailleurs lire dans Le Nouvelliste du 28 janvier : « Selon le
capitaine Nault, ce type dʼentraînement est nécessaire pour aguerrir les membres des Forces canadiennes en prévision dʼopérations domestiques, cʼest-à-dire, au Canada, et ce, en tous climats ».3 Par coïncidence, le Canada est lʼhôte de trois événements politiques dʼenvergure internationale en 2010 : les Olympiques de Vancouver, le Sommet du G8 à Huntsville, en Ontario, et un sommet du Partenariat pour la Sécurité et la Prospérité. Des contre-sommets sʼorganisent contre chacun dʼeux...
Extrait du tout nouveau blogue du Collectif Emma Goldman: http://ucl-saguenay.blogspot.com/
