Élections : Qu'en est-il de l'avortement ?
7 députés québécois ont voté en faveur du projet de loi C-484 :
Jean-Pierre Blackburn (conservateurs)
Steven Blaney (conservateurs)
Jacques Gourde (conservateurs)
Luc Harvey (conservateurs)
Massimo Pacetti (libéraux)
Francis Scarpalegigia (libéraux)
André Arthur (indépendant)
Et 4 étaient absents :
Maxime Bernier (conservateurs)
Denis Coderre (libéraux)
Stéphane Dion (libéraux)
Paul Martin (libéraux)
Avec les élections, le projet de loi C-484 pour octroyer un droit distinct de celui de la mère au fœtus est mis au ranquart. C'est là bien probablement la seule bonne nouvelle des élections ! Harper nous promet même que le projet de loi sera retravaillé avant d'être redéposé en Chambre. Là-dessus, il est sûrement nécessaire de se poser des questions : ne nous avait-il pas promis avant les dernières élections que les libertés fondamentales telles l'avortement n'allait pas être une question débattue ?
Ce dossier chaud n'est très certainement pas étranger à sa décision d'entreprendre une période électorale : il est beaucoup plus sûr d'avoir la majorité en chambre avant de passer un projet de loi aussi controversé ! N'oublions pas, en effet, que même la Fédération des médecins du Québec a osé émettre son opinion politique sur cette remise en question de l'avortement qu'elle a vertement dénoncée. Le débat ravive les passions et ce, de tout bord tout côté.
Mais même si le projet de loi C-484 est mort au feuilleton, les stratégies pour faire valoir les mœurs conservatrices ne font pour leur part que redoubler d'ardeur. Aider des conservateurs dans l'arène politique, rien n'est plus facile. Rappelons que la mission de Condition féminine Canada n'est plus de favoriser l'égalité entre hommes et femmes, mais la promotion de la participation des femmes aux institutions. Concrètement, ce que ça veut dire c'est que les groupes de femmes en défense de droits se sont fait couper leurs subventions et que ceux qui promouvoient la vie de femme comme mère et épouse avant tout sont subventionné par le gouvernement alors qu'ils ne l'étaient que par des organismes privés par le passé. L'avortement est donc loin d'être un débat clos.
Même si C-484 ne reviendra peut-être pas sous sa forme actuelle, il reste tout de même 3 autres projets de lois privés qui tentent de restreindre le libre-choix des femmes. Dans tous les cas, ce qu'on sait c'est que ce n'est pas par la répression qu'on réussit à faire diminuer le nombre de grossesses non-désirées.Ce qu'on crée avant tout, c'est l'insécurité et l'anxiété des femmes qui, souvent, ferait le même choix d'interrompre leur grossesse dans l'illégalité. D'après Édith Guilbert, médecin invitée à la conférence de SOS Grossesse mardi le 16 septembre dernier à Québec, le taux de mortalité des femmes subissant un avortement est de 330 pour 1 000 dans les pays en voie de développement alors que l'accès et les ressources sont réduits. Dans un pays comme le Canada, il se situe entre 0,2 et 1,2 pour 1 000 femmes. L'enjeu est évidemment politique. Les conservateurs l'ont bien compris. Il ne s'agit pas seulement de défendre sur la place publique des positions morales, beaucoup trop teintées de dogmatisme religieux. C'est un enjeu idéologique qui donne à l'État le pouvoir de contrôler nos vies, nos corps et donc, notre autonomie.
