Tout le pouvoir aux travailleurs et travailleuses

On ne nait pas pour servir un patron, un gouvernant, un mari ou un Dieu. Depuis l’arrivée des politiques néolibérales, la guerre menée par le Capital envers les grands acquis sociaux, obtenus de chaudes luttes, s’est fortement ressentie en milieu syndical par le glissement du combat au partenariat entre le patron et les employé-e-s.  Ces changements idéologiques n’ont toutefois pas mis fin au mouvement ouvrier, loin de là. La crise de confiance qu’ils ont insufflé envers les autorités politiques et économiques a généré, dans divers moments et périodes, des mouvements antiautoritaires, passant à l’action sans intermédiaires.

Occuper, résister, produire

L'autogestion est l’appropriation des moyens de production par les travailleurs et travailleuses pour leur remise en marche, collectivement et sans cadres, ni patrons. Les décisions y sont prises par l'ensemble des personnes en assemblée et la production est orientée par les besoins réels. Les patrons ont besoin de vous, vous n'avez pas besoin d'eux! Cela, des milliers de travailleurs et travailleuses en Argentine l’ont compris suite à la crise de 2001 même si la formule parait simpliste. Devant l’appauvrissement massif de la population et la corruption des patrons qui sacrifiaient l’avenir du pays, plus de 200 entreprises y ont été expropriées par la classe ouvrière dans des secteurs aussi divers que la métallurgie, les textiles, l’alimentation, l’hôtellerie, etc. L’action directe ouvrière contre la violence patronale permit à près de 10 000 personnes d’avoir un emploi décent. Dans près du deux tiers des usines, les assemblées décrétaient des salaires égaux pour tous et toutes et les usines se sont greffées à la vie de quartier par des services, tel que des cliniques de soins de santé, des coopératives culturelles, des ateliers de travail, etc.

Notre région n’est pas en reste! En 1941, en pleine période d’effort de guerre, les travailleurs de l’usine Alcan à Arvida ont fait une grève spontanée avec occupation durant 5 jours jusqu’à l’intervention de l’armée pour briser la grève. Leur audace, passant outre le syndicat, leur apporta victoire avec des améliorations salariales et dans les conditions de travail. Plus récemment, en 2004, les employé-e-s en grève de l'usine Alcan d'Arvida ont fait fonctionner l’aluminerie, sous contrôle ouvrier, pendant 19 jours afin de protester contre la mise à pied de 560 de leurs collègues avec la fermeture des cuves Söderberg.

L'attente de réformes ou de promesses électorales, la manipulation par les politiciens et les bureaucrates étatiques et syndicaux et toutes les formes de concession minent à long terme nos luttes populaires. L'auto-organisation des chômeurs, des chômeuses et des précaires est indissociable de la lutte des travailleurs et des travailleuses ; c’est plus que jamais d’actualité dans une région à monopoles, où un pourcentage croissant de la « relève » sera reléguée au cheap labor. Contre la collusion de l’État, la grève sociale est de plus en plus à notre portée et de cette puissante solidarité, l’occasion sera parfaite pour généraliser l’autogestion et offrir un autre futur aux prochaines générations.